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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/515

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« Je pleure en marquant ça, moi, vieux Frère-la-Céte.
J’aurai’ donné ma peau joliment sans façon
Pour Tous le renvoyer… Moi, ce n’est pas ma faute :
Ce mal-là n’a pas de raison.

cc La fièvre est ici comme Mars en carême,
Au cimetière on va toucher sa ration.
Le zouave a nommé ça — Parisien quand même —
Le jardin d’acclimatation.

« Consolez-vous. Le monde y crève comme mouches.
… J’ai trouvé dans son sac des souvenirs de cœur :
Un portrait de fille, et deux petites babouches,
Et : marque. — Cadeau pour ma sœur. —

« II fait dire à maman : qu’il a fait sa prière.
Au père : qu’il serait mieux mort dans un combat.
Deux anges étaient là sur son heure dernière :
Un matelot. Un vieux soldat. »

LE POÈTE CONTUMACE

Sur la côte d’Armor. — Un ancien vieux couvent.
Les vents se croyaient là dans un moulin-à-vent,
Et les ânes de la contrée,
Au lierre râpé venaient râper leurs dents
Contre un mur si troué que, pour entrer dedans,
On n’aurait pu trouver l’entrée.

— Seul — mais toujours debout avec un rare aplomb
Crénelé comme la mâchoire d’une vieille,
Son toit à coups de poing sur le coin de l’oreille,
Aux corneilles bayant, se tenait le donjon,

Fier toujours d’avoir eu dans le temps sa légende…
Ce n’était plus qu’un nid à gens de contrebande,
Vagabonds de nuit, amoureux buissonniers,
Chiens errants, vieux rats, fraudeurs et douaniers.

— Aujourd’hui l’hôte était de la borgne tourelle,
Un Poète sauvage, avec un plomb dans l’aile ;
Et tombé là parmi les antiques hiboux

Qui l’estimaient d’en haut. — Il respectait leurs trous,