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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/514

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— Sombrer. — Sondez ce mot. Votre mort est bien pâle… Et pas grand’chose à bord, sous la lourde rafale…
Pas grand’chose devant le grand sourire amer
Du matelot qui lutte. — Allons donc, de la place ! —
Vieux fantôme éventé, la Mort cbange de face :
La Mer !…

Noyés ? — Eh ! allons donc ! Les noyés sont d’eau douce I
— Coulés ! corps et biens ! Et jusqu’au petit mousse,
Le défi dans les yeux, dans les dents le juron !
A l’écume crachant une chique râlée,
Buvant sans haut-le-cœur la grand’tasse salée…
— Comme ils ont bu leur boujaron, —

— Pas de fond de six pieds, ni rats de cimetière :
Eux, ils vont aux requins ! L’âme d’un matelot,
Au lieu de suinter dans vos pommes de terre,
Respire à chaque flot.

— Ecoutez, écoutez la tourmente qui beugle !… C’est leur anniversaire. — Il revient bien souvent. — O poète, gardez pour vous vos chants d’aveugle ;
— Eux : le De Profundis que vous corne le vent.

… Qu’ils roulent infinis dans les espaces vierges !…
Qu’ils roulent verts et nus,
Sans clous et sans sapin, sans couvercle, sans cierges…
— Laissez-les donc rouler, terriens parvenus !

LETTRE DU MEXIQUE

La Vera-Cruz, 10 février.

« Vous m’avez confié le petit. — Il est mort.
Et plus d’un camarade avec, pauvre cher être.
L’équipage… y en a plus. Il reviendra peut-être
Quelques-uns de nous. — C’est le sort. —

« Rien n’est beau comme ça — matelot — pour un homme ;
Tout le monde en voudrait à terre. — C’est bien sûr.
Sans le désagrément. Rien que ça : Voyez comme
Déjà l’apprentissage est dur.