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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/495

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L’été, l’été magique, offrait un tel tableau
De beaux papillons d’or, de vertes demoiselles,
De petits êtres neufs ayant ou non des ailes,
De fleurs de toute forme et de toute couleur,
Tant de fécondité suivait tant de chaleur,
Tant d’éclat rayonnait au front de toute chose
Et la transfigurait dans le bleu, dans le rose,
Que l’enfant, à l’aspect du monde merveilleux,
Put sans peine me croire en croyant à ses yeux,
Et que peu s’en fallut qu’on ne me vit moi-même,
Conteur ensorcelé pris a son stratagème,
Tout à ma vision d’êtres indéfinis,
Ecarter les rameaux pour voir si, dans les nids,
C’étaient bien des oiseaux, et non de ces chers anges,
Et, le long de la berge où l’herbe met ses franges,
Ecouter, comme s’ils m’eussent parlé tout bas,
Les petits yeux mouillés des Ne m’oubliez pas !

(Le Sol sacré.)

LA PITIÉ

La plus belle fleur de la terre
Ne fleurit pas dans les jardins.
Elle s’entr’ouvre avec mystère,
Loin des voluptueux Edens.
On ne la connaît qu’où l’on souffre.
Elle se penche au bord du gouffre ;
Son calice est un encensoir.
Parmi les deuils et les décombres,
Elle exhale, sous des cieux sombres.
Un parfum doux comme un espoir.
Dans son sein une larme est prête
Toujours pour toutes les douleurs ;
Mais elle sait, dans une fête,
Sourire au milieu de ses sœurs.
Elle fleurit au cœur de l’homme :
Ce n’est l’amour ni l’amitié…
Le malheureux crie et la nomme,
L’heureux accourt : c’est la Pitié !

(Le Sol sacre.)