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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/376

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une floraison de lis géants fauchée,
La rive est aux deux bords de guerrières jonchée,
Où parfois se débat et hennit un cheval ;

Et l’Euxin vit, à l’aube, aux plus lointaines berges
Du fleuve ensanglanté d’amont jusqu’en aval.
Fuir des étalons blancs, rouges du sang des Vierges.

(Les Trophées.)

LE CHEVRIER

O berger, ne suis pas dans cet âpre ravin
Les bonds capricieux de ce bouc indocile ;
Aux pentes du Ménale, où l’été nous exile,
La nuit monte trop vite et ton espoir est vain.

Restons ici, veux-tu ? J’ai des figues, du vin.
Nous attendrons le jour en ce sauvage asile.
Mais parle bas. Les Dieux sont partout, ô Mnasyle,
Hécate nous regarde avec son œil divin.

Ce trou d’ombre là-bas est l’antre où se retire
Le démon familier des hauts lieux, le Satyre ;
Peut-être il sortira, si nous ne l’effrayons.

Entends-tu le pipeau qui chante sur ses lèvres ?
C’est lui ! Sa double corne accroche les rayons,
Et, vois, au clair de lune il fait danser mes chèvres.

(Les Trophées.)

L’ESCLAVE

Tel, nu, sordide, affreux, nourri des plus vils mets,
Esclave, — vois, mon corps en a gardé les signes, —
Je suis né libre au fond du golfe aux belles lignes
Où l’Hybla plein de miel mire ses bleus sommets.

J’ai quitté l’île heureuse, hélas !… Ah ! si jamais
Vers Syracuse et les abeilles et les vignes
Tu retournes, suivant le vol vernal des cygnes,
Cher hôte, informe-toi de celle que j’aimais.