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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/367

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Le Bouddha vénérable, absolument parfait.
Donc mille et mille fois, et mille fois encore,
La lune qui blanchit et le soleil qui dore
Les forêts, sur son front tour à tour avaient lui,
Sans que se fût distraite un seul instant en lui
Sa pensée, en un songe immuable perdue,
Lorsque, dans sa main droite, au ciel toujours tendue,
Dans sa main sèche et grise ainsi que du granit,
Une hirondelle vint, un jour, et fit son nid.
L’extase du Bouddha ne parut point troublée
Par cette confiante et fidèle exilée
Qui, franchissant du vol la montagne et la mer,
Des froids climats du Nord revenait, chaque hiver.
Et retrouvait toujours son nid chaud et paisible
Dans le creux de la main du rêveur impassible.
A la fin, cependant, elle ne revint plus.
Et quand les derniers temps furent bien révolus
Du retour’des oiseaux que l’exil seul protège,
Lorsque l’Himalaya se fut couvert de neige,
Et lorsque tout espoir fut perdu, le Bouddha
Détourna lentement la tête ; il regarda
Sa main vide ; et les yeux du divin solitaire,
Qui depuis bien longtemps n’avaient rien vu sur terre,
Ses yeux tout éblouis d’immensité, ses yeux
Eteints et fatigués de contempler les cieux,
Ses yeux aux cils brûlés, aux paupières sanglantes,
S’emplirent tout à coup de deux larmes brûlantes ;
Et celui dont l’esprit était resté béant
Devant l’amour du vide et l’espoir du néant,
Et qui fuyait la vie et ne voulait rien d’elle,
Pleura comme un enfant la mort d’une hirondelle.

(Récits épiques.)

LES YEUX DE LA FEMME

L’Eden resplendissait dans sa beauté première.

Eve, les yeux fermés encore à la lumière,
Venait d’être créée et reposait, parmi