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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/329

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VŒU

Quel souvenir laisser qui nous survive,
Et quel signet dans le livre fermé ?
Quel doux regret que le long temps avive,
Paré de fleurs, et d’amour embaumé ?
A quel objet attacher la mémoire
Des jours passés, cendre et débris des ans ?
Quoi retenir de notre courte histoire,
Au crible ouvert des songes décevants ?
Être l’image envoilée, apparue
Dans les feuillets du livre de raison,
Tendre, muette et de mystère accrue,
Muse encloltrée aux soucis de maison ?
Un beau récit de légende dorée
Dit qu’une sainte ayant trouvé la mort
Pour le Sauveur et sa croix adorée,
Ses meurtriers, pris de secrets remords,
Firent ouvrir la tombe, prison blanche ;
Dans les linceuls pliés et repliés,
Le corps enfui, reposait une branche
De lis en fleurs, frais et sanctifiés.
Coupes d’émail de l’encens le plus rare,
Symbole offert, de quelle pureté 1
En ce tombeau qui s’éclaire et se pare
Et dans la mort dégage la beauté ;
Sainte ou princesse, ou plus simplement femme,
Quelle n’aurait bonheur et doux orgueil
A devenir, blanche de corps et d’âme,
Bouquet d’autel en l’abri du cercueil ?

(Reflets sur le sable et sur l’eau.)

VENISE

Vieux canaux, vieux palais, et vieux ponts sur l’eau morte
Où des ombres s’en vont hâtives et drapées
Si fièrement, et se posant de telle sorte,
Qu’on croit voir aux haillons luire des blancs d’épéesl