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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/297

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Mourant sur une croix, d’épines couronnée,
Jetant aux cieux muets son cri de désespoir.
J’ai dit mes chants d’amour à la brise du soir,
J’ai poussé mes soupirs enflammés aux étoiles,
J’ai baisé les pieds nus de déesses sans voiles,
Idéales beautés rayonnant dans l’azur,
Qu’adorait en pleurant mon cœur naïf et pur.
— De ses bras indolents la molle Rêverie
M’a bercé bien longtemps dans l’idylle fleurie ;
— De ces songes, longtemps j’ai vécu, j’ai souffert.
Puis, la Réalité, de son poignet de fer,
M’a brusquement saisi rêvant dans l’empyrée,
Et m’a jeté sanglant sur la terre abhorrée.

— Et maintenant, c’est fait ! déchu, brisé, meurtri,
Je me suis relevé, sans ailes, mais guéri.
Je ne sais plus pleurer pour une fleur qui tombe,
Et mon âme n’est plus la plaintive colombe
Roucoulant son touchant et monotone appel.
J’ai vu l’homme acharné sur l’homme, et, plus cruel
Que les loups dévorants de la forêt sauvage,
Haletant, l’œil en feu, se ruer au carnage.
J’ai vu la guerre impie et ses longues fureurs.
Mon âme s’est trempée à toutes ces horreurs ;
Ce n’est plus maintenant une fleur maladive
Flétrie au moindre vent comme la sensitive.
La lutte m’a touché de son doigt souverain,
Et j’embouche à présent la trompette d’airain.

(Voix perdues.)