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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/281

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Et, miroirs blanchissants, des parois colossales
Cernent de marbre nu l’isolement des salles.
De loin en loin, et dans les dalles enchâssé,
Un bassin de porphyre au rebord verglacé
Courbe sa profondeur polie, où l’onde gèle ;
Le froid durcissement a poussé la margelle,
Et le porphyre en plus d’un endroit est fendu ;
Un jet d’eau qui montait n’est point redescendu,
Roseau de diamant dont la cime évasée
Suspend une immobile ombelle de rosée.
Dans la vasque, pourtant, des fleurs, givre à demi,
Semblent les rêves frais du cristal endormi
Et sèment d’orbes blancs sa lucide surface,
Lotus de neige éclos sur un étang de glace,
Lys étranges, dans l’âme éveillant l’idéal
D on ne sait quel printemps farouche et boréal.

(tlespérus ; 1869.)

LE CONSENTEMENT

Ahod fut un pasteur opulent dans la plaine.
Sa femme, un jour d’été, posant sa cruche pleine,
Se coucha sous un arbre au pays de Béthel,
Et, s’endormant, elle eut un songe, qui fut tel :

D’abord il lui sembla qu’elle sortait d’un rêve
Et qu’Ahod lui disait : « Femme, allons, qu’on se lève.
Aux marchands de Ségor, l’an dernier, j’ai vendu
Cent brebis, et le tiers du prix m’est encor dû.
Mais la distance est grande et ma vieillesse est lasse.
Qui pourrais-je envoyer à Ségor en ma place ?
Rare est un messager fidèle et diligent.
Va, et réclame-leur trente sicles d’argent. »
Elle n’objecta point le désert, l’épouvante.
Les voleurs : « Vous parlez, maître, à votre servante. »
Et quand, montrant la droite, il eut dit : « C’est par là ! »
Elle prit un manteau de laine et s’en alla.
Les sentiers étaient durs et si pointus de pierres
Qu’elle eut du sang aux pieds et des pleurs a ux paupières ;