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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/25

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Tous, par des chemins différents, mais convergeant finalement là-haut, ont marché vers l’Idéal.

Et cependant, nous le constatons souvent avec un amer regret, le public, sans être indifférent à ces choses, ne pratique pas assez les poètes ; il ignore tels de leurs plus beaux vers ; tels des meilleurs poètes contemporains ne lui sont connus que de nom seulement ; d’autres, célèbres surtout comme prosateurs, valent tout autant comme poètes, et il ne pourrait que gagner à mieux les connaître. Ce sont, — est-il besoin de le dire ? — ce sont surtout les jeunes, les derniers venus que l’on connaît mal, et cependant l’heure présente est féconde en promesses, et chaque jour quelqu’une de ces promesses, pourtant, se réalise. Or, il nous a semblé que le moment était venu de mettre le public en communication plus directe avec les poètes et, par eux, avec la Poésie même. Aimer, pratiquer les poètes, c’est aimer l’humanité dans ce qu’elle a de plus noble et de plus pur. La Poésie, qui est une religion, détache l’esprit des contingences, lui montre le chemin de l’Absolu ; elle élève l’âme au-dessus des misères et des laideurs de ce monde et la fait planer dans cet éther lumineux qui est sa vraie, sa seule patrie. C’est à peine si l’homme, placé entre deux éternités, a conscience du moment présent, du court instant que dure ce qu’on est convenu d’appeler son « existence ». Il ne sait d’où il vient, il ne sait où il va. Son esprit est borné, sa sensibilité restreinte le maintient dans la zone des sensations atténuées ; mais il est éperdument désireux d’Infini. Sous la changeante Illusion, sous les trompeuses et souvent — et toujours ! — si cruelles Apparences qui s’offrent à ses yeux mortels, il devine la Réalité immuable et sereine. Elle l’attire invinciblement. Sans la connaître encore, il la sait infiniment belle, et cette Beauté auguste, inconnue, mystérieuse, divine, est la source première de ses pures émotions. Or, ce sont les poètes, les Elus, êtres privilégiés, organisés supérieurement, — humains cependant, — qui servent d’intermédiaires entre la souveraine Beauté et les hommes. Ce sont eux qui, à de certains moments, s’élèvent à la vision, partielle au moins, de l’Idéal et qui, redescendus parmi nous, les prunelles encore tout imprégnées de divine clarté, déjà