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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/241

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si — qu’ù vous observer — nous, les vieux, nous songeons : la sève du vieux tronc se perd en sauvageons !

Karl, le grand Empereur, s’en revenait d’Espagne :
et, droit contre le ciel, au haut de la montagne,
son beau neveu Rollant planta son pavillon.
L’aube crève : — les preux s’assemblent : Gannelon
dit au grand Karl :

« Rollant, mon beau-fils, est un homme des plus fameux parmi tous ceux que l’on renomme : si nous voulons rentrer, sans être talonnés par ces nègres païens, vrais diables incarnés, à qui pouvons-nous mieux fier l’arrière-garde qu’à Rollant ? »

Or Rollant, très courroucé, regarde son beau-père, chétif dont il se sait haï : « Soit, dit-il, l’Empereur sera tôt obéi ; Gannelon, vous pouvez partir en assurance ; Celui ne perdra rien qui tient la douce France ; nul ne prendra mulet, mule, ni destrier sinon qu’à coups d’épée il les devra payer ! » Et, le tantôt, avec toute sa baronie, la barbe éparse sur sa cuirasse brunie, Karl, angoisseux et triste, a quitté Roncevaux : et la rumeur des pieds, des armes, des chevaux, s’étend autour de nous à plus de quinze lieues !

Les bois de pins sont noirs dans les montagnes bleues : et les puis sont très hauts, étroits les défilés, et les vallons profonds de ténèbres comblés.

Nous nous acheminons vers la Terre-Majeure.

Karl sur son grand manteau ’cline la tête : — il pleure : il se sent en grand deuil pour Rollant ; et tout bas, il prie :

« O sire Dieu ! ne me le prenez pas ! Ces preux sont fort paillards ; et, très prompts aux querelles, il effrairait au ciel vos Saints et vos Pucelles : vieux, il sera plus sage et vaudra moins pour moi contre mes ennemis et ceux de votre Loi ! »

Nous fûmes très dolents durant cette journée :