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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/240

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Précipite les lourds chariots des tonnerres
Sur les vastes pavés d’airain du firmament.

Mais que m’importe à moi ce spectacle, ô Nature !
Le voile de l’ennui décolore mes yeux ;
Car je souffre en silence une morne torture
A vivre dans ces temps désenchantés et vieux.

Je sentis quelquefois l’Amour, qui m’accompagne,
Hésiter et pleurer, délaissé par l’Espoir ;
Mon sentier s’obscurcit ; la Nuit, qui monte, gagne
La cime immaculée où je voudrais m’asseoir.

Si je te dis, Nature impassible et sereine :
« Bonne mère ! rends-moi plus puissant et meilleur ! n
Je vois dans tes yeux bleus, éternelle sirène,
Sourire vaguement l’éternelle douleur.

C’est pourquoi, sans amour et sans haine inutile,
Je subirai la vie ainsi qu’il sied aux forts ;
Je serai calme et fier, comme l’arbre immobile
Qui, sous les cieux changeants, croît et vit sans efforts.

(Ciel, Rue et Foyer.)

LA MORT DE ROLLANT

L’auteur suppose que Hugues Capet, qui vient d’être élu roi par les Parisiens, est entré en Champagne pour conquérir cette province contre Asselin, son duc, qui refuse de le reconnaître.

Hugues Capet, égaré dans une foret, y trouve un vieil ermite qui lui donne, pendant un orage, l’hospitalité dans sa grotte, où il s’est retiré. — Tout jeune, il a suivi l’armée do Charlemagne qui revenait d’Espagne, et il a vu le désastre de Roncevaux.

Sur Ta demande de Hugues, il lui en fait le récit.

Voici donc ce que raconte ce vieil ermite, qui, d’ailleurs, a été trouvère.

LE RÉCIT

A M. G. Walch.

C’était orgueil de vivre en France-Ia-Louée,
car Dieu l’avait élue et le monde avouée :
et, manifeste en tous ses gestes qu’il dictait,
Dieu s’exprimait par elle — et la Terre écoutait.
Les jeunes d’à présent, vous l’avez appauvrie
de gloires et d’honneurs jusqu’à la ladrerie,