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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/235

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d’à peu près, la forme, le style, l’expression, les plus capables de rendre et de faire valoir sou sentiment, son idée ou sa vision…

« A part ce dogme commun, — s’il y a là vraiment dogme, — nous gardions jalousement sur tout le reste notre liberté personnelle. D’école parnassienne, — dans le sens traditionnel du mot, — il n’y en eut jamais. Et même sur les questions de « rendu », d’expression, de forme, — mais là, nos avis étaient loin d’être unanimes ; nos préférences non plus ne l’étaient guere, et nous ne vénérions pas d’une égale admiration tous les poètes dont nous reconnaissions la maîtrise : Théophile Gautier, Leconte de Lille, Charles Baudelaire, Théodore de Banville… En somme, romantique et néo-romantique avec les uns, le Parnasse fut, avec les autres, au contraire, une réaction contre le romantisme. »

Cependant l’Art coûtait cher et se vendait peu. De même que M. Catulle Mendés, « avec insouciance, s’était vu ruiné par la Revue fantaisiste, M. de Ricard se laissait ruiner par l’Art, avec placidité ». C’est alors que M. Catulle Mcndès lui conseilla de transformer son journal en une publication périodique ne contenant que des poésies ; quoique luxueusement imprimée, en grand in-8°, elle coûterait moins cher que l’Art. Ainsi le journal s’achèverait honorablement en volume.

M. de Ricard fut de l’avis de M. Mendés, et, M. Alphonse Lemerre appuyant, on s’entendit avec lui, et la publication du volume fut décidée. Le titre Parnasse Contemporain, recueil de vers nouveaux, fut alors proposé par M. Catulle Mendés et adopté finalement par les poètes.

« D’abord, nous adressâmes, Mendés et mol, une circulaire aux poètes et aux journaux pour leur annoncer la grande décision. Je crois même qu’il y eut quelques affiches. La nouvelle ne produisit pas une immense sensation, et les journaux l’accueillirent plutôt — ceux qui l’accueillirent ! — avec une indifférence ironique, parmi les faits divers de moindre importance.

« Mais la grande besogne était de choisir d’abord les collaborateurs et ensuite les poèmes. Au début, sans doute, il y eut une intention d’élection assez sévère : on était bien résolu à faire un recueil de la « nouvelle école », dont les maîtres reconnus et incontestés étaient le tétrarchat Gautier, Leconte de Lisle, Baudelaire et Banville. Mais l’intention dut un peu fléchir à la nécessité… Catulle Mendés, pendant toutes les premières livraisons, s’occupa avec une grande activité de cette confection littéraire du volume.

K Déjà, d’ailleurs, on se réunissait assidûment, non seulement dans la journée chez Lemerre, mais, comme je l’ai dit, aussi chez mes parents, chez Catulle Mendès, et enfin chez Leconte de Lisle.