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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/151

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Nous avons le secret de ses larmes fécondes :
Sa joie et sa douleur sont deux sources profondes
Où s’abreuvent sans fin tous les cœurs altérés…
Ses plus riches éclairs jaillissent des ténèbres,
Comme un Alléluia sorti des chants funèbres,
Jetant son cri de gloire aux plus désespérés.

(Légendes des bois.)

LA BATAILLE

Là-bas, vers l’horizon du frais pays herbeux
Où la rivière, lente et comme désœuvrée,
Laisse boire à son gué de longs troupeaux de bœufs,
Une grande bataille autrefois fut livrée.

C’était, comme aujourd’hui, par un ciel de printemps.
Dans ce jour désastreux, plus d’une fleur sauvage,
Qui s’épanouissait, flétrie en peu d’instants,
Noya tous ses parfums dans le sang du rivage.

La bataille dura de l’aube jusqu’au soir ;
Et, surpris dans leur vol, de riches scarabées,
De larges papillons jaunes striés de noir
Se traînèrent mourants parmi les fleurs tombées.

La rivière était rouge : elle roulait du sang.
Le bleu martin-pècheur en souilla son plumage ;
Et le saule penché, le bouleau frémissant,
Essayèrent en vain d’y trouver leur image.

Le biez du Moulin-Neuf en resta noir longtemps.
Le sol fut piétiné ; des ornières creusées ;
Et l’on vit des bourbiers sinistres, miroitants,
Où les troupes s’étaient hardiment écrasées.

Et lorsque la bataille eut apaisé son bruit,
La lune, qui montait derrière les collines,
Contempla tristement, vers l’heure de minuit,
Ce que l’œuvre d’un jour peut faire de ruines.

Pris du même sommeil, là gisaient par milliers,
Sur les canons éteints, les bannières froissées,