Ouvrir le menu principal

Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/134

Cette page n’a pas encore été corrigée


Nous avons retrouvé toujours cette folie,
A laquelle le cœur n’a rien à comparer !
Et nous avons subi partout l’étrange empire
De ce rêve tenace, — et vague, — mais vainqueur,
Et jusque dans tes bras, Clara, ce doux Vampire
Est venu s’asseoir sur mon cœur !

Tu ne devinas pas ce que j’avais dans l’âme…
Tu faisais à mon front couronne de ton bras,
Et de ton autre main qui me versait sa flamme
Tu me tâtais ce cœur où, toi, tu n’étais pas !
Tu chei chais à t’y voir, chère fille égarée,
Tu disais : « Tu te tais, mon bien-aimé ; qu’os-tu ?… »
Je n’avais rien, Clara, — mais, ma pauvre adorée,
C’est ce rien-là que j’avais vu !

Il se levait, tout droit, ce rien, dans ma pensée.
Ce n’était qu’un fantôme, un visage incertain…
Mais des chers souvenirs de notre âme abusée
Le plus fort, c’est toujours, toujours le plus lointain
Perspective du cœur ardent qui se dévore !
Le passé reculant brille plus à nos yeux…
Et le jour le plus beau n’est qu’un spectre d’aurore,
Qui revient rôder dans les cieux !

Et toi, tu l’as été, ce spectre d’une aurore,
Dont le rayon pour moi ne s’éteignit jamais !
Mais toi, jour de mes yeux, ma Clara que j’adore,
Tu n’as pas effacé cette autre que j’aimais !…
Une étoile planant sur les mers débordées
Se mire dans leurs flots et rit de leurs combats…
Combien donc nous faut-il de femmes possédées
Pour valoir celle qu’on n’eut pas ?…

(Poussières.)

LA HAINE DU SOLEIL

A Mademoiselle L. R.

I

Un soir, j’étais debout derrière une fenêtre…
Contre la vitre en feu j’avais mon front songeur,
Et je voyais, là-bas, lentement disparaître