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Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t1.djvu/102

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Ta régnais, sans partage, au ciel et sur la terre ;
Ta croix couvrait le monde et montait au milieu ;
Tout, devant ton regard, tremblait, — jusqu’à ta mère.
Pâle éternellement d’avoir porté son Dieu.

Mais tu ne savais pas le mot des destinées,
O toi qui triomphais près de l’Olympe mort ;
Vois : c’est le même gouffre... Avant deux mille années
Ton ciel y descendra, — sans le combler encor !

Ta connaîtras aussi, ployé sous l’anathème,
La désaffection des peuples et des rois,
Si pauvre et si perdu que tu n’auras plus même,
Pour t’y coucher en paix, la largeur de ta croix !

Ton dernier temple, ô Christ, est froid comme une tombe ;
Ta porte n’ouvre plus sur le vaste Avenir ;
Voilà que le jour baisse et qu’on entend venir
Le vieux prêtre courbé, qui porte une colombe !

(Dernières Chantons.)


VERS A UNE FEMME


Quoi ! tu raillais vraiment, quand tu disais : «Je t’aime ! »
Quoi ! tu mentais aussi, pauvre fille !... A quoi bon ?
Tu ne me trompais pas, tu te trompais toi-même,
Pouvant avoir l’amour, tu n’as que le pardon !

Garde-le, large et franc, comme fut ma tendresse.
Que par aucun regret ton cœur ne soit mordu :
Ce que j’aimais en toi, c’était ma propre ivresse ;
Ce que j’aimais en toi, je ne l’ai pas perdu...

Tu n’as jamais été, dans tes jours les plus rares,
Qu’un banal instrument sous mon archet vainqueur,
Et, comme un air qui sonne aux bois creux des guitares,
J’ai fait chanter mon rêve au vide de ton cœur...

S’il fut sublime et doux, ce n’est point ton affaire.
Je peux le dire au monde et ne te pas nommer :
Pour tirer du néant sa splendeur éphémère,
Il m’a suffi de croire. Il m’a suffi d’aimer.