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Page:Wagner - Une capitulation, Leduc.djvu/19

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Lefèvre. — Eh bien ! Faisons un essai d’opéra en costume de soirée : Rossini, Meyerbeer, cela compte déjà !
Perrin. — J’ai une idée ; seulement, il faut que le gouvernement m’aide à trouver des artistes. Ils sont tous à l’armée. Ténors, barytons, basses, choristes, tous sont à Metz ou à Strasbourg, ils se battent dans les plaines ou sur les collines. Une troupe d’amazones, composée des dames du corps de ballet et des chanteuses, défend Sedan. Le gouvernement doit les rappeler tous dans leurs foyers et me les envoyer.
Le Chœur. — C’est dit, il faut que nous les ayons ici !
Favre sanglote désespérément.
Ferry. — Mais, citoyens, comprenez donc les choses... nous sommes cernés.
Le Chœur. — Exécutons une soirée ! En avant, le canon ! Trochu ! Trochu ! Il faut canonner.
Lefèvre. — Quel crétin, ce Trochu !.. Faire sortir de Paris nos meilleures troupes ! C’est à croire qu’il est myope.
Le Chœur. — C’est de la trahison ! Nous voulons ici les artistes de l’Opéra, nous voulons un opéra, nous voulons un ballet, surtout !
Ferry, sur un ton désespéré. — Est-ce une illusion ? On dirait Nadar, dans ce ballon ?
Nadar, descendant sur la table du gouvernement, affublé d’un costume en forme de ballon qui ne laisse voir que sa tête.
C’est moi-même !
   Effarement général. Favre s’évanouit, Perrin bouscule les musiciens de l’orchestre et le chœur vient se grouper autour de l’autel.
Hugo, dont la tête sort du trou. — Heureusement, je suis là pour tout sauver. Allons, laissez-moi !
Les Voix, du fond de l’égout. — Attends, ne t’emballe pas. Nous connaissons un endroit où tu trouveras tous les acteurs nécessaires.
Hugo disparait dans le trou.
Le Chœur, se ressaisissant. — Que signifie ceci ?
Nadar, hochant la tête et roulant ses yeux à droite et à gauche. — C’est moi, Nadar, le sauveur de la République. Que le gouvernement, suivant mes conseils, me dise où il faut aller. J’irai immédiatement à travers l’éther…
Gambetta, surgissant de dessous la table. — Attends-moi, Nadar, je vais avec toi. Ô Nadar, ton image m’est apparue dans mes songes, cette nuit ! Je suis ton homme. Citoyens, gonflez-le, voici un soufflet.
Il sort un soufflet énorme de la cachette qu’il occupait.
Ferry. — Favre n’en revient pas... Simon suce son porte-plume... Ô Gambetta, en voilà un beau diable !
Gambetta. — Allons, citoyens, mobilisez-vous et surveillez Nadar, sans