Page:Wagner - Souvenirs, 1884, trad. Benoît.djvu/230

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
216
SOUVENIRS

ce cas, puissent servir de règle à l’emploi de la voix, et tout le reste, par conséquent, dépend des difficultés proposées dans ces exemples. Mais jusqu’ici l’art du chant s’est formé exclusivement sur le modèle du chant italien ; il n’y en avait pas d’autre. D’autre part, le chant italien s’inspirait complètement de l’esprit de la musique italienne ; à ce chant correspondirent les castrats, à l’époque de la floraison de cette musique, dont l’esprit suivait l’unique direction de la satisfaction sensuelle à l’exclusion de toute passion de l’âme proprement dite ; de même, la voix de l’homme jeune, la voix de ténor, n’était presque jamais employée en ce temps-là, ou bien, comme ce fut le cas plus tard, elle fut gaspillée dans le sens d’un fausset analogue à la voix de castrat[1]. Mais voici que la tendance de la

  1. « Je n’ai jamais pu m’accoutumer à voir les rôles de César et d’Alexandre fredonnés en fausset par un chapon. » Voltaire, Lett. Prince de Prusse, 51, 24 février 1764.