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fois le secret de l’émotion dramatique, dans la déclamation de certains morceaux passionnés de leurs rôles, malgré leurs efforts pour réduire ceux-ci aux proportions d’un programme de concert. Il arrive souvent que telle scène ou tel duo de leurs opéras soit connu du public avant la représentation scénique. On y a remarqué des traits admirables de vocalisation et d’effet musical, mais rien de ce qui touche à la passion et au mouvement du drame. Et quelle surprise n’éprouve-t-on pas en entendant ces jolis caprices exécutés par un premier sujet, qui leur fait subir une complète métamorphose, et féconde pour ainsi dire le néant ? Tel est le secret de la perdition de la musique italienne. Car non seulement les compositeurs se croient dispensés d’inventer des thèmes caractéristiques ; mais c’est, je le répète, une obligation absolue pour eux que de s’effacer constamment, pour laisser tout le mérite de la création à ces virtuoses de premier ordre. Ainsi l’emploi du chanteur n’est plus de rendre et de traduire les conceptions originales du compositeur, mais de donner carrière à sa propre imagination au gré de sa fantaisie.

Ce qu’il y a d’abusif et de peruicieux dans cet échange de rôles saute bien vite aux yeux, et l’on en déplore surtout les tristes résultats, quand ces mêmes virtuoses entreprennent d’exécuter une œuvre consciencieuse et réellement indépendante. Ainsi, qu’on se rappelle l’exécution de Don Gio-