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Page:Wagner - Art et Politique, 1re partie, 1868.djvu/74

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XI


Nous avons cherché à projeter une vive lumière sur la physionomie caractéristique de faits dont la description exacte exigerait toute la vie d’un écrivain intelligent. Les Français ont trouvé un semblable génie pour analyser la situation morale de leur société, — un génie qui nous semble plus qu’un démon, par l’objet de ses descriptions, la fidélité réaliste et la persévérance infatigable avec lesquelles il en fouille les détails, mais surtout par la désolation complète dans laquelle il nous laisse. Balzac, que les Français sont obligés d’admirer, mais qu’ils voudraient bien laisser dans l’ombre, nous fournit la meilleure démonstration que la France ne pouvait conserver d’illusion sur la substance horrible de sa culture et de sa civilisation qu’en s’aveuglant elle-même à plaisir. Cette culture, examinée et étudiée avec la même ardeur que les Allemands apportent à la recherche approfondie du vrai-nature, devait apparaître au poëte comme un affreux chaos de détails qui, étant étroitement connexes, s’expliquaient les uns par les autres, et dont le débrouillement, entrepris avec la patience d’un artiste réellement épris de son œuvre, a fait de cet écrivain remarquable un phénomène unique dans le domaine de la littérature. — Ce serait une mission plus que triste, une tâche lamentable, de devenir le Balzac des circonstances qui ont dominé toute la vie publique du peuple allemand par suite de l’abandon dans lequel il a laissé son théâtre. Voir imprimer à cette vie publique le théâtral qui, au contraire, dissimulait d’une façon attrayante et