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Page:Wagner - Art et Politique, 1re partie, 1868.djvu/53

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Nous désirerions vivement qu’un historien, en se plaçant au même point de vue que nous, examinât plus amplement les remarquables changements produits chez ce grand peuple appelé à de si hautes destinées, par suite de la transformation du caractère français par la Révolution. Les mélanges et les réfractions de ce caractère populaire, que nous ne pouvons naturellement étudier que dans sa généralité typique et considérer qu’à vol d’oiseau, ne montreraient sans doute pas moins de dispositions à la culture de ce qui est purement humain, qu’on n’en rencontre chez les autres membres de la famille européenne. Mais il n’en reste pas moins vrai que le Français précisément le moins prévenu, doit désespérer de la possibilité d’une régénération complète du caractère de sa nation. Il doit convenir, quant à la situation actuelle, qu’il redoute la disparition du mirage de la gloire, parce qu’il ne sait pas si, cette brillante décoration de théâtre une fois enlevée, le tigre ne se trouve pas derrière, prêt à bondir de nouveau. Il pourrait peut-être se tranquilliser en songeant que, derrière cette coulisse peinte seulement à l’extérieur, sautille déjà maintenant le singe très-bien familiarisé avec l’envers réel de la toile. Mais serait-ce une consolation pour lui de découvrir que la vanité et la légèreté, qui sont d’un grand secours même à la bravoure militaire de son peuple, n’ont peut-être pas moins contribué que la discipline impériale à dompter le tigre, et, comme le plaisir est pour le Français au-dessus de tout, qu’il ne comprend aussi l’art que sous la rubrique de l’amusement ?

C’en est assez pour le moment. Peut-être trouverons-nous encore une autre consolation. Détournons-nous