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Page:Wagner - Art et Politique, 1re partie, 1868.djvu/48

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côtés de l’objet, que pour le raisonnement esthétique, c’est-à-dire pour le jugement de l’artiste. Par cette limitation, le sculpteur et le poëte arrivent à une gradation de l’objet et de sa représentation qui correspond à la la notion de l’idéal ; par une idéalisation parfaitement réussie, c’est-à-dire par une réalisation de l’idéal, ils obtiennent un effet qui supplée à la contemplation impossible de l’objet sous toutes les faces de son apparition dans le temps et dans l’espace, en ce sens que la représentation ainsi entendue est reconnue aussitôt pour la seule heureuse, la seule praticable de l’objet réel que l’œil ne peut embrasser sous tous ses aspects à la fois.

Mais le mime à son tour s’avance vers cet art idéal et seul vrai, avec la réalité complète de l’apparition se mouvant dans le temps et dans l’espace ; à celui qui reporte ses regards de l’image sur lui, il fait l’impression effrayante d’un reflet dans un miroir, qui se mettrait à sortir de la glace et à se promener par la chambre. Au point de vue esthétique, cette apparition doit avoir quelque chose de spectral ; et si nous apprenons à connaîlre l’art du mime par ces effets que les grands comédiens produisaient à toute heure, si nous voyons, quand un Garrick est en représentation, tantôt un père au désespoir avec son enfant mort dans ses bras, tantôt un avare qui enfouit son or, ou bien un matelot ivre qui bat sa femme, nous, remplis de l’idéalité de l’art figuratif ou de l’art poétique, nous pouvons aisément manquer d’haleine et perdre en même temps l’envie de trinquer en riant à la santé de l’art avec cet homme terrible.

Le mime est-il donc incomparablement supérieur, ou