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Page:Wagner - Art et Politique, 1re partie, 1868.djvu/47

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quiconque l’a sondé complétement pourrait peut-être nous expliquer pourquoi les plus sages institutions tombent en ruines, pourquoi les religions les plus sublimes survivent à elles-mêmes pour céder la place à la superstition ou à l’incrédulité, tandis que l’art, éternellement jeune et nouveau, surgit des débris de l’existence.

Après l’importance que nous avons ainsi attribuée à ce sujet, nous osons espérer que nous ne nous exposerons plus à de fâcheux malentendus, lorsque nous rattacherons très-sérieusement nos recherches ultérieures à cette analogie du singe et de l’homme. Si nous ne perdons pas de vue le rapport entre la simple imitation et la reproduction, parmi les facultés artistiques, nous aurons acquis dans cette analogie une lumière très-favorable pour éclaircir le rapport entre le réalisme et l’idéalisme dans l’art, dont on a tant parlé à la légère.

Ce qui répugne au poète et à l’artiste plastique dans leur contact avec le mime, ce qui leur cause une aversion assez semblable à celle de l’homme pour le singe, ce n’est pas la différence, mais la ressemblance entre eux et lui. Les uns reproduisent ce que l’autre imite, la nature ; la distinction réside dans la manière de s’y prendre et dans les moyens employés. Le scupteur et le poète qui ne peuvent rendre, l’un le modèle, l’autre l’événement rapporté, dans toute leur réalité, renoncent à la représentation d’autant de propriétés de leur objet, qu’il leur semble nécessaire d’en sacrifier, pour reproduire une qualité principale en l’élevant à une si haute puissance qu’on y reconnaît aussitôt le caractère du tout ; le regard embrasse ainsi, sur ce seul côté, ce qui ne peut être intelligible, par l’exposition de tous les