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Page:Wagner - Art et Politique, 1re partie, 1868.djvu/38

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le temple de son Iphigénie et que Schiller planta l’arbre miraculeux de sa Pucelle d’Orléans. Les enchanteurs mélodieux de la musique s’avancèrent aussi vers l’abîme et versèrent un baume céleste dans les plaies béantes de l’humanité ; là Mozart créa ses chefs d’œuvre, et Beethoven, plein de pressentiments, brûla du désir d’éprouver ses forces suprêmes.

Mais dès que les grands et saints magiciens s’éloignent du gouffre, on y voit danser les furies de la trivialité, de la concupiscence la plus abjecte, des passions les plus hideuses, les gnomes grossiers de la jouissance désœuvrée la plus déshonorante. Si l’on éloigne les bons esprits — et cela coûte peu de peine, il suffit de ne pas les évoquer en toute confiance — on livre l’arène où cheminaient les dieux aux plus sales marmousets de l’enfer ; et ceux-ci viennent aussi d’eux-mêmes, sans avoir été évoqués ; car ils ne pouvaient être effarouchés que par la descente et la présence des dieux.

Et ce monstre, ce pandémonium, ce théâtre formidable, vous l’abandonnez sans réflexion au bon plaisir d’une routine mécanique, au jugement d’étudiants corrompus, au caprice de courtisons avides de plaisirs, à la direction de commis de bureau pensionnés ! — ce même théâtre que les pasteurs protestants du siècle dernier signalaient, avec un coup d’œil très- juste, comme une embûche du démon, vous vous en détournez aujourd’hui avec dédain, tandis que, d’autre part, vous le surchargez de pompe et d’éclat, et, chaque fois qu’il survient quelque grande occasion, vous ne pouvez encore rien inventer de mieux qu’une représentation, pour vous y montrer en gala.

Et vous vous étonnez de ne pas avancer avec l’art