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Page:Wagner - Art et Politique, 1re partie, 1868.djvu/16

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pendant ces méditations, nous sentions avec orgueil, la force intarissable de l’esprit allemand, et si, dirigés par ce sentiment, nous pouvions nous enhardir jusqu’à admettre qu’au fond, et malgré l’influence encore presque absolue de la civilisation française sur l’esprit public des peuples européens, à présent déjà l’esprit allemand se dresse comme son rival tout aussi puissamment armé, nous pourrions dire en deux mots, pour indiquer ce contraste d’après son importance politique, celle qui nous intéresse surtout ici : La civilisation française est née sans le peuple, l’art allemand sans les princes; la première ne peut arriver à aucune profondeur, parce qu’elle recouvre seulement le peuple, mais ne lui entre pas au cœur ; le second, au contraire, manque de puissance et de perfection aristocratique, parce qu’il n’a pas encore pénétré dans les cours des princes et n’a pas encore pu ouvrir les cœurs des souverains à l’esprit allemand. C’est pourquoi la persistance de la domination de la civilisation française correspond avec la persistance d’un véritable antagonisme entre l’esprit du peuple allemand et l’esprit des princes ; maintenir et compléter cet antagonisme serait par conséquent le triomphe de la politique française qui aspire depuis Richelieu à l’hégémonie européenne. De même que Richelieu profita des différends religieux et des conflits entre les princes et l’empire pour établir la souveraineté de la France, de même, au milieu d’autres circonstances, d’intelligents despotes français ont dû prendre constamment à tâche d’employer la civilisation française, sinon à asservir les peuples de l’Europe, du moins à soumettre à leur pouvoir l’esprit des cours allemandes.

Ce moyen d’asservissement réussit complètement au