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Page:Wagner - Art et Politique, 1re partie, 1868.djvu/12

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très-essentiellement au rétablissement de l’équilibre européen. »

Nous plaçons cette sentence de l’un des penseurs les plus clairvoyants et les plus originaux, d’un écrivain politique dont la nation allemande devrait être fière, si elle était d’abord en état de le comprendre, à la tête d’une série d’études auxquelles nous sollicite le problème, qui n’est certes pas dépourvu d’intérêt, des rapports entre l’art et la politique en général, et particulièrement entre les tentatives de l’art allemand et les prétentions de l’Allemagne à une plus haute importance politique.

À ceux qui considéraient surtout la renaissance de l’art moderne au milieu des circonstances politiques de la période de déclin du moyen-âge, et qui ne pouvaient concilier la décadence de l’Église romaine et le règne des intrigues dynastiques dans les États d’Italie, ainsi que l’oppression par l’inquisition ecclésiastique en Espagne, avec la floraison inouïe de l’art dans ces deux pays à la même époque, il dut sembler que l’art et la science suivaient une voie tout à fait spéciale de développement, d’efflorescenee et de dépérissement, absolument indépendante de la vie politique des peuples. Une nouvelle contradiction apparaît dans ce fait que la France d’aujourd’hui se trouve à la tête de la civilisation européenne, et en même temps trahit le plus complet épuisement dans la production vraiment intellectuelle : là où l’éclat, la puissance et la domination reconnue surpassent incontestablement toutes les formes imaginables de la vie publique de la plupart des pays et des peuples, les meilleurs esprits de la nation qui se croit si supérieurement intelligente désespèrent de la possibilité de s’élever, des égarements du matérialisme le plus dégradant,