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Fraude.

ni en lézards ni en chevaux de poste. Qu’arrive-t-il ? Ils ont assez de bon sens pour voir que vous leur prêchez une religion impertinente, & ils n’en ont pas assez pour s’élever vers une religion pure, & dégagée de superstition, telle que la nôtre. Leurs passions leur font croire qu’il n’y a point de religion, parce que la seule qu’on leur enseigne est ridicule ; vous devenez coupables de tous les vices dans lesquels ils se plongent.


BAMBABEF.

Point du tout, car nous ne leur enseignons qu’une bonne morale.


OUANG.

Vous vous feriez lapider par le peuple, si vous enseigniez une morale impure. Les hommes sont faits de façon, qu’ils veulent bien commettre le mal, mais ils ne veulent pas qu’on le leur prêche. Il faudrait seulement ne point mêler une morale sage avec des fables absurdes, parce que vous affaiblissez par vos impostures, dont vous pourriez vous passer, cette morale que vous êtes forcés d’enseigner.


BAMBABEF.

Quoi ! vous croyez qu’on peut enseigner la vérité au peuple sans la soutenir par des fables.


OUANG.

Je le crois fermement. Nos lettrés sont de la même pâte que nos tailleurs, nos tisserands, &