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Foi.

persuadé de choses dont en effet on ne peut être persuadé ? quel plaisir cela peut-il faire à Dieu ? entre nous, dire qu’on croit ce qu’il est impossible de croire, c’est mentir.

Pic de la Mirandole fit un grand signe de croix. Eh Dieu paternel, s’écria-t-il, que Votre Sainteté me pardonne, vous n’êtes pas Chrétien. Non, sur ma foi, dit le Pape. Je m’en doutais, dit Pic de la Mirandole.

(par un descendant de Rabelais.)


FOY.

Qu’est-ce que la Foy ? Est-ce de croire ce qui paraît évident ? Non ; il m’est évident qu’il y a un Être nécessaire, éternel, suprême, intelligent. Ce n’est pas là de la foy, c’est de la raison. Je n’ai aucun mérite à penser que cet Être éternel, infini, qui est la vertu, la bonté même, veut que je sois bon & vertueux. La foy consiste à croire non ce qui semble vrai, mais ce qui semble faux à notre entendement. Les Asiatiques ne peuvent croire que par la foy le voyage de Mahomet dans les sept planètes, les incarnations du dieu Fo, de Vitsnou, de Xaca, de Brama, de Sammonocodom, &c. &c. &c. Ils soumettent leur entendement, ils tremblent d’examiner, ils ne veulent être ni empalés, ni brûlés ; ils disent, je crois.

Il y a la foy sur les choses étonnantes, & la