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Catéchisme Chinois.

que les sachets du grand Hanourd. Je suis étonné qu’on n’ait pas fait de l’amitié un précepte de religion ; j’ai envie de l’insérer dans notre rituel.


CU-SU.

Gardez-vous-en bien, l’amitié est assez sacrée d’elle-même, ne la commandez jamais, il faut que le cœur soit libre, & puis, si vous faisiez de l’amitié un précepte, un mystère, un rite, une cérémonie, il y aurait mille bonzes qui en prêchant & en écrivant leurs rêveries, rendraient l’amitié ridicule, il ne faut pas l’exposer à cette profanation.

Mais comment en userez-vous avec vos ennemis ? Confutzée recommande en vingt endroits de les aimer ; cela ne vous paraît-il pas un peu difficile ?


KOU.

Aimer ses ennemis ! Eh mon Dieu, rien n’est si commun.


CU-SU.

Comment l’entendez-vous ?


KOU.

Mais comme il faut, je crois, l’entendre. J’ai fait l’apprentissage de la guerre sous le prince de Décon contre le prince du Vis-Brunk : dès qu’un[1] de nos ennemis était blessé &

  1. C’est une chose remarquable, qu’en retournant Décon & Vis-Brunk, qui sont des noms chinois, on retrouve Condé & Brunswik, tant les grands hommes sont célèbres dans toute la terre.