Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome48.djvu/583

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Français, attaché au roi et à l’État. Vous pouvez répandre à pleines mains sur ce projet l’odieux et le ridicule, dont vous savez si bien faire usage. Vous pouvez faire voir qu’il est dangereux pour l’État, pour l’Église, pour le pape, et pour le roi, que les jésuites regarderont toujours comme leurs ennemis, et traiteront comme tels s’ils le peuvent. Ce sont les Broglie, si bien faits pour brouiller tout, qui, malgré leur disgrâce, intriguent actuellement de toutes leurs forces pour cet objet ; mais j’espère qu’ils trouveront en leur chemin le duc d’Aiguillon et tous les honnêtes gens du royaume, dont le cri va être universel. On dit que votre Catau conserve aussi les jésuites, à l’exemple du roi de Prusse.

9058. — À M. LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU.
À Ferney, 4 mars.

J’aurais bien voulu remercier plus tôt mon héros de sa très-aimable et très-plaisante lettre ; mais, pour écrire, il faut exister. La fin des hivers m’est toujours fatale. On dit que les Romains ne donnèrent le nom de février au mois dont nous sortons, qu’à cause de la fièvre. J’ai été traité comme un ancien Romain ; c’est peut-être parce que je me suis avisé de refaire Sophonisbe. Il ne faut point chanter avec une vieille voix enrhumée.

C’est à mon héros à briller toujours dans sa belle et noble carrière. Son esprit et son corps ne vieilliront point. Il y a des êtres pour qui la nature a été prodigue aux dépens du pauvre genre humain. Mon héros est de ce petit nombre des élus. Le voilà d’ailleurs assez bien établi dans le monde par lui-même et par les siens.

Je voudrais bien savoir ce que pensent MM. Grateau, Martineau, Lardeau, Quatrehommes, Quatresous[1], quand ils voient celui qu’ils ont entaché, si bien détaché et si net.

On me dit que vous préférez le gouvernement de notre bonne ville, où vous êtes né, à celui du prince Noir[2] ; que vous voulez jouir du palais que vous avez embelli ; que vous voulez rester au centre de votre gloire. Soit : partout où vous serez, vous règnerez, et je serai toujours votre fidèle sujet.

On m’a un peu alarmé pour ma Sémiramis du Nord ; mais les Ninias ne reparaissent que dans l’élégante tragédie de Crébillon ou dans la mienne. Elle-même m’a écrit une lettre tout à fait

  1. Conseillers au parlement de Paris, qui avaient entaché le duc d’Aiguillon ; voyez tome XXVIII, page 382.
  2. La Guienne ou Aquitaine, dont Richelieu était gouverneur.