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DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIII.

c’est qu’entre chacun de ces anneaux rouges il y a un anneau tout noir. Pour constater encore plus ce fait et les singularités qui y sont attachées, présentez vos deux verres, non plus au papier, mais au prisme, de façon que l’un des rayons qui échappent de ce prisme, un rouge par exemple, vienne à tomber sur ces verres : il ne se forme encore que des anneaux rouges entre les anneaux noirs ; mettez derrière vos verres la feuille de papier blanc : chaque anneau noir produit sur cette feuille de papier un anneau rouge, et chaque anneau rouge, étant réfléchi vers vous, produit du noir sur le papier.

Il résulte de cette expérience que l’air ou l’eau qui est entre vos verres réfléchit en un endroit la lumière, et en un autre endroit la laisse passer, la transmet. J’avoue que je ne peux assez admirer ici cette profondeur de recherche, cette sagacité plus qu’humaine, avec laquelle Newton a poursuivi ces vérités si imperceptibles ; il a reconnu par les mesures et par le calcul ces étranges proportions-ci.

Au point de contact des deux verres, il ne se réfléchit à nos yeux aucune lumière : immédiatement après ce contact, la première petite lame d’air ou d’eau qui touche à ce point noir vous réfléchit des rayons ; la seconde lame est deux fois épaisse comme la première, et ne réfléchit rien ; la troisième lame est triple en épaisseur de la première, et réfléchit ; la quatrième lame est quatre fois plus épaisse, et ne réfléchit point ; la cinquième est cinq fois plus épaisse, et réfléchit ; et la sixième, six fois plus épaisse, transmet, et ne réfléchit pas.

De sorte que les anneaux noirs vont en cette progression, 0, 2, 4, 6, 8 ; et les anneaux lumineux et colorés en cette progression, 1, 3, 5, 7, 9[1].

Ce qui se passe dans cette expérience arrive de même dans tous les corps, qui tous réfléchissent une partie de la lumière, et en reçoivent dans leurs substances une autre partie. C’est donc encore une propriété démontrée à l’esprit et aux yeux, que les surfaces solides ne soient point ce qui réfléchit les rayons. Car, si les surfaces solides réfléchissaient en effet : 1° le point où les deux verres se touchent réfléchirait et ne serait point obscur ; 2° chaque partie solide qui vous donnerait une seule espèce de rayons devrait aussi vous renvoyer toutes les espèces de rayons ; 3° les parties solides ne transmettraient point la lumière en un endroit,

  1. Il s’agit ici de l’épaisseur moyenne des lames d’air. Les diamètres sont proportionnels aux racines carrées des épaisseurs. (D.)