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La conscience du roi était alarmée par son confesseur autant que son autorité était blessée par l’idée d’un parti rebelle. En vain le cardinal de Noailles lui demanda justice de ces mystères d’iniquité ; le confesseur persuada qu’il s’était servi des voies humaines pour faire réussir les choses divines ; et comme en effet il défendait l’autorité du pape et celle de l’unité de l’Église, tout le fond de l’affaire lui était favorable. Le cardinal s’adressa au dauphin, duc de Bourgogne ; mais il le trouva prévenu par les lettres et par les amis de l’archevêque de Cambrai. La faiblesse humaine entre dans tous les cœurs. Fénelon n’était pas encore assez philosophe pour oublier que le cardinal de Noailles avait contribué à le faire condamner ; et Quesnel payait alors pour Mme Guyon.

Le cardinal n’obtint pas davantage du crédit de Mme de Maintenon. Cette seule affaire pourrait faire connaître le caractère de cette dame, qui n’avait guère de sentiments à elle, et qui n’était occupée que de se conformer à ceux du roi. Trois lignes de sa main au cardinal de Noailles développent tout ce qu’il faut penser, et d’elle, et de l’intrigue du P. Le Tellier, et des idées du roi, et de la conjoncture. « Vous me connaissez assez pour savoir ce que je pense sur la découverte nouvelle ; mais bien des raisons doivent me retenir de parler. Ce n’est point à moi à juger et à condamner ; je n’ai qu’à me taire et à prier pour l’Église, pour le roi, et pour vous. J’ai donné votre lettre au roi ; elle a été lue : c’est tout ce que je puis vous en dire, étant abattue de tristesse. »

Le cardinal archevêque, opprimé par un jésuite, ôta les pouvoirs de prêcher et de confesser à tous les jésuites, excepté à quelques-uns des plus sages et des plus modérés. Sa place lui donnait le droit dangereux d’empêcher Le Tellier de confesser le roi ;


    roi : « Je consens à être brûlé vif si l’on prouve cette accusation, pourvu que le cardinal soit brûlé vif aussi en cas qu’il ne la prouve pas. »

    Ce conte est tiré des pièces qui coururent sur l’affaire de la constitution, et ces pièces sont remplies d’autant d’absurdités que la Vie du duc d’Orléans. La plupart de ces écrits sont composés par des malheureux qui ne cherchent qu’à gagner de l’argent : ces gens-là ne savent pas qu’un homme qui doit ménager sa considération auprès d’un roi qu’il confesse ne lui propose pas, pour se disculper, de faire brûler vif son archevêque.

    Tous les petits contes de cette espèce se retrouvent dans les Mémoires de Maintenon. Il faut soigneusement distinguer entre les faits et les ouï-dire. (Note de Voltaire.) — On proposa pour confesseur à Louis XIV Le Tellier et Tournemine. Tournemine, littérateur assez savant, pensait avec autant de liberté, et avait aussi peu de fanatisme qu’il était possible à un jésuite. Mais il était d’une naissance illustre, et Louis XIV ne voulut pas d’un confesseur fait pour aspirer aux premières places de l’Église et de l’État ; il craignait d’ailleurs l’ambition de sa famille. (K.)