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AVERTISSEMENT
POUR LA PRÉSENTE ÉDITION.


Nous entrons maintenant dans la partie de l’œuvre historique de Voltaire, plus spécialement consacrée à la France. Cette série s’ouvre par le Siècle de Louis XIV. L’idée de tracer un tableau du grand règne s’était présentée à Voltaire de bonne heure, dans la fréquentation des hommes qui avaient vécu sous Louis XIV, qui l’avaient approché et servi. Il dit lui-même qu’il passa trente années à s’instruire des faits principaux de ce règne. Les conversations des Caumartin lui furent notamment très-utiles. Ses rapports familiers avec le vieux maréchal de Villars, qui aimait à raconter ses campagnes et ses négociations, ne lui profitèrent pas moins. Les archives de quelques grandes familles lui furent ouvertes : il eut communication du journal de Dangeau, du manuscrit de Torcy. Il consulta et dépouilla les portefeuilles du dépôt de la guerre. Il n’épargna pas enfin les recherches et puisa aux meilleures sources. Les matériaux ainsi amassés de longtemps, il les mit en œuvre lorsqu’il était parvenu à la maturité de l’âge, pendant les années qu’il passa loin de Paris et de Versailles, à la cour de Frédéric II. Et peut-être cet éloignement, qui faisait mieux sentir à l’auteur le prix de la patrie, fut-il favorable à l’ouvrage.

Le Siècle de Louis XIV émerveilla les contemporains, qui n’avaient rien de comparable à y opposer. L’aîné des d’Argenson, particulièrement, exprime un véritable enthousiasme : « Oh ! le livre admirable ! que d’esprit et de génie ! quel choix de grandes choses ! que cela est vu de haut et en grand ! quel style noble et élevé ! Peu de fautes, et beaucoup de grandes vérités. Voltaire sait tout, parle de tout en expert[1]. »

Lord Chesterfield écrivait à son fils (13 avril 1752) : « Voltaire m’a envoyé de Berlin son histoire du Siècle de Louis XIV ; elle est arrivée à propos ; milord Bolingbroke m’avait justement appris comment on doit lire l’histoire. Voltaire me fait voir comment on doit l’écrire… C’est l’histoire de l’esprit humain, écrite par un homme de génie pour l’usage des gens d’esprit… Il me dit tout ce que je souhaite de savoir, et rien de plus ; ses réflexions sont courtes, justes, et en produisent d’autres dans ses lec-

  1. Marquis d’Argenson, Mémoires, édit. de la Bibliothèque elzévirienne, tome V, page 147.