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l’année 1684, devint celle de toute l’Europe, excepté de l’Espagne et de la Pologne. On se piquait déjà presque partout d’imiter la cour de Louis XIV.

Il établit dans sa maison un ordre qui dure encore ; régla les rangs et les fonctions ; créa des charges nouvelles auprès de sa personne, comme celle de grand maître de sa garde-robe. Il rétablit les tables instituées par François ier, et les augmenta. Il y en eut douze pour les officiers commensaux, servies avec autant de propreté et de profusion que celles de beaucoup de souverains : il voulait que les étrangers y fussent tous invités ; cette attention dura pendant tout son règne. Il en eut une autre plus recherchée et plus polie encore. Lorsqu’il eut fait bâtir les pavillons de Marly, en 1679, toutes les dames trouvaient dans leur appartement une toilette complète ; rien de ce qui appartient à un luxe commode n’était oublié : quiconque était du voyage pouvait donner des repas dans son appartement ; on y était servi avec la même délicatesse que le maître. Ces petites choses n’acquièrent du prix que quand elles sont soutenues par les grandes. Dans tout ce qu’il faisait on voyait de la splendeur et de la générosité. Il faisait présent de deux cent mille francs aux filles de ses ministres, à leur mariage[1].

Ce qui lui donna dans l’Europe le plus d’éclat, ce fut une libéralité qui n’avait point d’exemple. L’idée lui en vint d’un discours du duc de Saint-Aignan, qui lui conta que le cardinal de Richelieu avait envoyé des présents à quelques savants étrangers, qui avaient fait son éloge. Le roi n’attendit pas qu’il fût loué ; mais sûr de mériter de l’être, il recommanda à ses ministres Lyonne et Colbert de choisir un nombre de Français et d’étrangers distingués dans la littérature, auxquels il donnerait des marques de sa générosité. Lyonne ayant écrit dans les pays étrangers, et s’étant fait instruire autant qu’on le peut dans cette matière si délicate, où il s’agit de donner des préférences aux contemporains, on fit d’abord une liste de soixante personnes : les unes eurent des présents, les autres des pensions, selon leur rang, leurs besoins, et leur mérite. (1663) Le bibliothécaire du Vatican, Allacci ; le comte Graziani, secrétaire d’État du duc de Modène ;

  1. Ces profusions faites avec l’argent du peuple étaient une véritable injustice, et certes un beaucoup plus grand péché, excepté aux yeux des Jésuites, que ceux qu’il pouvait commettre avec ses maîtresses. Cette foule de charges inutiles, d’abus de tout genre, a fait un mal plus durable. Une grande partie de ces abus a subsisté longtemps, et subsiste même encore, quoique aucun des princes qui lui ont succédé n’ait hérité de son goût pour le faste. (K.)