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CHANCELIERS.


Charles de l’Aubespine, marquis de Châteauneuf, longtemps employé dans les ambassades. Garde des sceaux en 1630, mis en prison en 1633 au château d’Angoulême, où il resta dix ans prisonnier. Garde des sceaux en 1650, démis en 1651, vécut et mourut dans les orages de la cour. Mort en 1653.

Pierre Séguier, chancelier, duc de Villemor, pair de France. Il apaisa les troubles de la Normandie en 1639, hasarda sa vie à la journée des Barricades. Il fut toujours fidèle dans un temps où c’était un mérite de ne l’être pas. Il ne contesta point au père du grand Condé la préséance dans les cérémonies, quand il y assistait avec le parlement. Homme équitable, savant, aimant les gens de lettres, il fut le protecteur de l’Académie française[1] avant que ce corps libre, composé des premiers seigneurs du royaume et des premiers écrivains, fût en état de n’avoir jamais d’autre protecteur que le roi. Mort à quatre-vingt-quatre ans, en 1672.

Matthieu Molé, premier président du parlement de Paris en 1641, garde des sceaux en 1651, magistrat juste et intrépide. Il n’est pas vrai, comme le disent deux nouveaux dictionnaires[2], que le peuple voulut l’assassiner ; mais il est vrai qu’il en imposa toujours aux séditieux par son courage tranquille. Mort en 1656.

Étienne d’Aligre, chancelier en 1674, fils d’un autre Étienne, chancelier sous Louis XIII. Mort en 1677.

Michel Le Tellier, chancelier en 1677, père de l’illustre marquis de Louvois. Sa mémoire a été honorée d’une oraison funèbre par le grand Bossuet. Mort en 1685.

Louis Boucherat, chancelier en 1685. Sa devise était un coq sous un soleil, par allusion à la devise de Louis XIV ; les paroles étaient : Sol reperit vigilem. Mort en 1699.

Louis Phélypeaux, comte de Pontchartrain, descendant de plusieurs secrétaires d’État, chancelier en 1699. Se retira à l’institution de l’Oratoire en 1714. Mort en 1727.

  1. Voyez chapitre lii de l’Histoire du Parlement.
  2. L’un de ces dictionnaires est celui de Barral et Guibaud, dont il est parlé dans le Dictionnaire philosophique à l’article Dictionnaire ; l’autre est le dictionnaire connu sous le nom de Chaudon, son premier et principal auteur, dont la première édition est de 1766, en quatre volumes in-8o. La phrase de Voltaire fut ajoutée dans l’édition de 1768 du Siècle de Louis XIV. (B.)