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rédigea le traité, fit cette omission, gagné par un présent d’un million. On trouve cette lâche calomnie dans l’Histoire de Louis XIV, sous le nom de La Martinière[1] ; et ce n’est pas la seule qui déshonore cet ouvrage. Louis XIVparaissait être en droit de profiter de la négligence des ministres anglais, et de s’en tenir à la lettre du traité ; mais il aima mieux en remplir l’esprit, uniquement pour le bien de la paix ; et loin de dire au lord Stair qu’il ne le fît pas souvenir qu’il avait été autrefois le maître chez les autres, il voulut bien céder à ses représentations, auxquelles il pouvait résister. Il fit discontinuer les travaux de Mardick au mois d’avril 1715. Les ouvrages furent démolis bientôt après, dans la régence, et le traité accompli dans tous ses points.

Après cette paix d’Utrecht et de Rastadt, Philippe V ne jouit pas encore de toute l’Espagne ; il lui resta la Catalogne à soumettre, ainsi que les îles de Majorque et d’Iviça.

Il faut savoir que l’empereur Charles VI, ayant laissé sa femme à Barcelone, ne pouvant soutenir la guerre d’Espagne et ne voulant ni céder ses droits, ni accepter la paix d’Utrecht, était cependant convenu alors avec la reine Anne que l’impératrice et ses troupes, devenues inutiles en Catalogne, seraient transportées sur des vaisseaux anglais. En effet la Catalogne avait été évacuée ; et Staremberg, en partant, s’était démis de son titre de vice-roi. Mais il laissa toutes les semences d’une guerre civile, et l’espérance d’un prompt secours de la part de l’empereur, et même de l’Angleterre. Ceux qui avaient alors le plus de crédit dans cette province se flattèrent qu’ils pourraient former une république sous une protection étrangère, et que le roi d’Espagne ne serait pas assez fort pour les conquérir. Ils déployèrent alors ce caractère que Tacite leur attribuait il y a si longtemps : « Nation intrépide, dit-il, qui compte la vie pour rien quand elle ne l’emploie pas à combattre. »

La Catalogne est un des pays les plus fertiles de la terre, et des plus heureusement situés. Autant arrosé de belles rivières, de ruisseaux et de fontaines, que la vieille et la nouvelle Castille en

  1. Cet ouvrage a pour titre : Histoire de la vie et du règne de Louis le Grand, rédigée sur les Mémoires de M. le comte D***, par M. Bruzen de La Martinière. La Haye, 1740-1741, cinq volumes in-4°. Quand il parut, il fut généralement attribué à La Motte, qui s’était retiré en Hollande, où il avait pris le nom de La Hode. Toutefois, en tête du tome IV, La Martinière déclare que l’histoire dont il est l’éditeur est, non de La Hode, mais d’une personne qui ne veut pas être connue.

    La Motte, dit La Hode, passe pour l’auteur d’une Vie de Philippe d’Orléans, petit-fils de France ; Londres, 1736, deux volumes in-12. (E. B.)