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à Heilbron le duc de Marlborough. Ce général anglais, que rien ne gênait dans sa conduite, et que sa reine et les Hongrois laissaient maître de ses desseins, marche au secours du centre de l’empire. Il prend d’abord avec lui dix mille Anglais d’infanterie et vingt-trois escadrons. Il hâte sa marche : il arrive vers le Danube, auprès de Donavert, vis-à-vis les lignes de l’électeur de Bavière, dans lesquelles environ huit mille Français et autant de Bavarois retranchés gardaient les pays conquis par eux. Après deux heures de combat (2 juillet 1704), Marlborough perce à la tête de trois bataillons anglais, renverse les Bavarois et les Français. On dit qu’il tua six mille hommes, et qu’il en perdit presque autant. Peu importe à un général le nombre des morts quand il vient à bout de son entreprise. Il prend Donavert : il passe le Danube ; il met la Bavière à contribution.

Le maréchal de Villeroi, qui l’avait voulu suivre dans ses premières marches, l’avait tout d’un coup perdu de vue[1], et n’apprit où il était qu’en apprenant cette victoire de Donavert.

Le maréchal de Tallard, avec un corps d’environ trente mille hommes, vient pour s’opposer à Marlborough par un autre chemin, et se joint à l’électeur ; dans le même temps le prince Eugène arrive, et se joint à Marlborough.

Enfin les deux armées se rencontrent assez près de ce même Donavert, et dans les mêmes campagnes où le maréchal de Villars avait remporté une victoire un an auparavant. Il était alors dans les Cévennes. Je sais qu’ayant reçu une lettre de l’armée de Tallard, écrite la veille de la bataille, par laquelle on lui mandait la disposition des deux armées, et la manière dont le maréchal de Tallard voulait combattre, il écrivit au président de Maisons, son beau-frère, que si le maréchal de Tallard donnait bataille en gardant cette position il serait infailliblement défait. On montra la lettre à Louis XIV ; elle a été publique.

(13 août 1704) L’armée de France, en comptant les Bavarois, était de quatre-vingt-deux bataillons et de cent soixante escadrons, ce qui faisait à peu près soixante mille combattants, parce que les corps n’étaient pas complets. Soixante-quatre bataillons et cent cinquante escadrons composaient l’armée ennemie, qui n’était forte que d’environ cinquante-deux mille hommes, car on fait toujours les armées plus nombreuses qu’elles ne le sont. Cette journée si sanglante et si décisive mérite une attention particulière. On a

  1. L’armée ne marchait que sur des ordres venus de Versailles, c’est-à-dire de cent vingt lieues. (G. A.)