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des lettres du ministre d’État Chamillart, plein de prévention contre lui comme d’ignorance, demanda au roi sa retraite. Ce fut la seule récompense qu’il eut des opérations de guerre les plus savantes, et d’une bataille gagnée. Chamillart, pour le malheur de la France, l’envoya dans le fond des Cévennes réprimer des paysans fanatiques, et il ôta aux armées françaises le seul général qui pût alors, ainsi que le duc de Vendôme, leur inspirer un courage invincible. On parlera de ces fanatiques dans le chapitre de la religion[1]. Louis XIV avait alors des ennemis plus terribles, plus heureux, et plus irréconciliables que ces habitants des Cévennes.


CHAPITRE XIX.

PERTE DE LA BATAILLE DE BLEINHEIM, OU D’HOCHSTEDT, ET SES SUITES.


Le duc de Marlborough était revenu vers les Pays-Bas, au commencement de 1703, avec la même conduite et la même fortune. Il avait pris Bonn, résidence de l’électeur de Cologne. De là il avait repris Huy, Limbourg, et s’était rendu maître de tout le bas Rhin. Le maréchal de Villeroi, au sortir de sa prison, commandait en Flandre, et n’était pas plus heureux contre Marlborough qu’il l’avait été contre le prince Eugène. En vain le maréchal de Boufflers venait de remporter, avec un détachement de l’armée, un petit avantage au combat d’Eckeren, contre Obdam, général hollandais. Un succès qui n’a point de suite n’est rien.

Cependant, si le général anglais ne marchait pas au secours de l’empereur, la maison d’Autriche semblait perdue. L’électeur de Bavière était maître de Passau. Trente mille Français, sous les ordres du maréchal de Marsin, qui avait succédé à Villars, inondaient le pays au delà du Danube. Des partis couraient dans l’Autriche. Vienne était menacée d’un côté par les Français et les Bavarois, de l’autre par le prince Ragotski, à la tête des Hongrois combattant pour leur liberté, et secourus de l’argent de la France et de celui des Turcs. Alors le prince Eugène accourt d’Italie ; il vient prendre le commandement des armées d’Allemagne : il voit

  1. Voyez chapitre xxxvi.