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contraire, attaché depuis sa jeunesse à la communion romaine par persuasion, joignit à sa créance l’esprit de parti et de zèle. S’il eût été mahométan, ou de la religion de Confucius, les Anglais n’eussent jamais troublé son règne ; mais il avait formé le dessein de rétablir dans son royaume[1] le catholicisme, regardé avec horreur par ces royalistes républicains comme la religion de l’esclavage. C’est une entreprise quelquefois très-aisée de rendre une religion dominante dans un pays. Constantin, Clovis, Gustave Vasa, la reine Élisabeth, firent recevoir sans danger, chacun par des moyens différents, une religion nouvelle ; mais pour de pareils changements, deux choses sont absolument nécessaires : une profonde politique, et des circonstances heureuses ; l’une et l’autre manquaient à Jacques.

Il était indigné de voir que tant de rois dans l’Europe étaient despotiques ; que ceux de Suède et de Danemark le devenaient alors ; qu’enfin il ne restait plus dans le monde que la Pologne et l’Angleterre où la liberté des peuples subsistât avec la royauté. Louis XIV l’encourageait à devenir absolu chez lui, et les jésuites le pressaient de rétablir leur religion avec leur crédit. Il s’y prit si malheureusement qu’il ne fit que révolter tous les esprits. Il agit

  1. On trouve, dans la compilation des Mémoires de Maintenon, au tome III, chapitre iv, intitulé du roi et de la reine d’Angleterre, un tissu étrange de faussetés. Il y est dit que les jurisconsultes proposèrent cette question : « Un peuple a-t-il le droit de se révolter contre l’autorité qui veut le forcer à croire ? » Ce fut précisément le contraire. On s’opposa en Angleterre à la tolérance du roi pour la communion romaine. On agita cette question : « Si le roi pouvait dispenser du serment du test ceux qu’il admettait aux emplois ? »

    Le même auteur dit que le pape Innocent XI donna au prince d’Orange deux cent mille ducats pour aller détruire la religion catholique en Angleterre.

    Le même auteur, avec la même témérité, prétend qu’Innocent XI fit dire des milliers de messes pour l’heureux succès du prince d’Orange. Il est reconnu que ce pape favorisa la ligue d’Augsbourg ; mais il ne fit jamais de démarches si ridicules et si contraire aux bienséances de sa dignité. L’envoyé d’Espagne à la Haye fit des prières publiques pour l’heureux succès de la flotte hollandaise. M. d’Avaux le manda au roi.

    Le même auteur fait entendre que le comte d’Avaux corrompait des membres de l’État : il se trompe, c’est le comte d’Estrade. Il se trompe encore sur le temps ; c’était vingt-quatre ans auparavant. Voyez la lettre de M. d’Estrade à M. de Lyonne, du 17 septembre 1665.

    Le même auteur ose citer l’évêque Burnet, et lui faire dire, pour exprimer un vice du prince d’Orange, que ce prince n’aimait que les portes de derrière. Il n’y a pas un mot dans toute l’histoire de Burnet qui ait le moindre rapport à cette expression si basse et si indigne de l’histoire. Et si quelque faiseur d’anecdotes avait jamais prétendu que l’évêque Burnet eût laissé échapper dans la conversation un mot aussi indécent, ce témoignage obscur ne pourrait prévaloir contre une histoire authentique. (Note de Voltaire.)