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sur la Suède ; qu’il modérât les droits de passage dans la mer Baltique ; que le duc de Holstein fût rétabli dans ses États ; que le Brandebourg cédât la Poméranie, qu’il avait conquise ; que les traités de Vestphalie fussent rétablis de point en point. Sa volonté était une loi d’un bout de l’Europe à l’autre. En vain l’électeur de Brandebourg lui écrivit la lettre la plus soumise, l’appelant monseigneur, selon l’usage, le conjurant de lui laisser ce qu’il avait acquis, l’assurant de son zèle et de son service : ses soumissions furent aussi inutiles que sa résistance, et il fallut que le vainqueur des Suédois rendît toutes ses conquêtes.

Alors les ambassadeurs de France prétendaient la main sur les électeurs. Celui de Brandebourg offrit tous les tempéraments pour traiter à Clèves avec le comte depuis maréchal d’Estrades, ambassadeur auprès des États-Généraux. Le roi ne voulut jamais permettre qu’un homme qui le représentait cédât à un électeur, et le comte d’Estrades ne put traiter.

Charles-Quint avait mis l’égalité entre les grands d’Espagne et les électeurs. Les pairs de France par conséquent la prétendaient. On voit aujourd’hui à quel point les choses sont changées, puisque aux diètes de l’empire les ambassadeurs des électeurs sont traités comme ceux des rois.

Quant à la Lorraine, il offrait de rétablir le nouveau duc Charles V ; mais il voulait rester maître de Nancy et de tous les grands chemins.

Ces conditions furent fixées avec la hauteur d’un conquérant ; cependant elles n’étaient pas si outrées qu’elles dussent désespérer ses ennemis, et les obliger à se réunir contre lui par un dernier effort : il parlait à l’Europe en maître, et agissait en même temps en politique.

Il sut aux conférences de Nimègue semer la jalousie parmi les alliés. Les Hollandais s’empressèrent de signer, malgré le prince d’Orange, qui, à quelque prix que ce fût, voulait faire la guerre ; ils disaient que les Espagnols étaient trop faibles pour les secourir s’ils ne signaient pas.

Les Espagnols, voyant que les Hollandais avaient accepté la paix, la reçurent aussi, disant que l’empire ne faisait pas assez d’efforts pour la cause commune.

Enfin les Allemands, abandonnés de la Hollande et de l’Espagne, signèrent les derniers, en laissant Fribourg au roi, et confirmant les traités de Vestphalie.

Rien ne fut changé aux conditions prescrites par Louis XIV. Ses ennemis eurent beau faire des propositions outrées pour colo-