Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome14.djvu/264

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


couché très-longtemps, avec la reine. Malgré tout cela, elle l’accusa d’impuissance ; et, ayant acquis dans le royaume, par son habileté, l’autorité que son mari avait perdue par ses fureurs, elle le fit enfermer (novembre 1667). Elle obtint bientôt de Rome une bulle pour épouser son beau-frère. Il n’est pas étonnant que Rome ait accordé cette bulle ; mais il l’est que des personnes toutes-puissantes en aient besoin. Ce que Jules II avait accordé sans difficulté au roi d’Angleterre Henri VIII[1], Clément IX l’accorda à l’épouse d’un roi de Portugal. La plus petite intrigue fait dans un temps ce que les plus grands ressorts ne peuvent opérer dans un autre. Il y a toujours deux poids et deux mesures pour tous les droits des rois et des peuples ; et ces deux mesures étaient au Vatican depuis que les papes influèrent sur les affaires de l’Europe. Il serait impossible de comprendre comment tant de nations avaient laissé une si étrange autorité au pontife de Rome, si l’on ne savait combien l’usage a de force.

Cet événement, qui ne fut une révolution que dans la famille royale, et non dans le royaume de Portugal, n’ayant rien changé aux affaires de l’Europe, ne mérite d’attention que par sa singularité.

La France reçut bientôt après un roi qui descendait du trône d’une autre manière. (1668) Jean-Casimir, roi de Pologne, renouvela l’exemple de la reine Christine. Fatigué des embarras du gouvernement, et voulant vivre heureux, il choisit sa retraite à Paris dans l’abbaye de Saint-Germain dont il fut abbé. Paris, devenu depuis quelques années le séjour de tous les arts, était une demeure délicieuse pour un roi qui cherchait les douceurs de la société, et qui aimait les lettres. Il avait été jésuite et cardinal avant d’être roi ; et dégoûté également de la royauté et de l’Église, il ne cherchait qu’à vivre en particulier et en sage, et ne voulut jamais souffrir qu’on lui donnât à Paris le titre de majesté[2].

  1. Arthur ou Artus, prince de Galles, fils de Henri VII, roi d’Angleterre, épousa en 1501 Catherine d’Aragon, et mourut six mois après son mariage, sans l’avoir, dit-on, consommé. Henri VII, pour ne pas rendre la dot, obtint du pape Jules II, le 26 décembre 1503, dispense pour faire épouser à Catherine le nouveau prince de Galles, son beau-frère, Henri, depuis roi sous le nom de Henri VIII. Ce fut sous Clément VII que Henri VIII prétendit que les dispenses de Jules II étaient nulles, etc., et, par suite, se sépara de l’Église romaine. (B.) — Voyez tome XII, page 312.
  2. Il avait épousé Marie de Gonzague, veuve de son frère, avec toutes les dispenses dont pouvait avoir besoin un jésuite cardinal pour se marier avec sa belle-sœur ; et on a prétendu qu’en France il épousa secrètement Marie Mignot, fille d’une blanchisseuse, mais déjà veuve d’un conseiller au parlement de Grenoble, et du second maréchal de L’Hospital. Cette anecdote n’est rien moins que certaine. (K.)