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CHAPITRE X.

TRAVAUX ET MAGNIFICENCE DE LOUIS XIV. AVENTURE SINGULIÈRE EN PORTUGAL. CASIMIR EN FRANCE. SECOURS EN CANDIE. CONQUÊTE DE LA HOLLANDE.


Louis XIV, forcé de rester quelque temps en paix, continua, comme il avait commencé, à régler, à fortifier, et embellir son royaume. Il fit voir qu’un roi absolu, qui veut le bien, vient à bout de tout sans peine. Il n’avait qu’à commander, et les succès dans l’administration étaient aussi rapides que l’avaient été ses conquêtes. C’était une chose véritablement admirable de voir les ports de mer, auparavant déserts, ruinés, maintenant entourés d’ouvrages qui faisaient leur ornement et leur défense, couverts de navires et de matelots, et contenant déjà près de soixante grands vaisseaux qu’il pouvait armer en guerre[1]. De nouvelles colonies, protégées par son pavillon, partaient de tous côtés pour l’Amérique, pour les Indes orientales, pour les côtes de l’Afrique. Cependant en France, et sous ses yeux, des édifices immenses occupaient des milliers d’hommes, avec tous les arts que l’architecture entraîne après elle ; et dans l’intérieur de sa cour et de sa capitale, des arts plus nobles et plus ingénieux donnaient à la France des plaisirs et une gloire dont les siècles précédents n’avaient pas eu même l’idée. Les lettres florissaient ; le bon goût et la raison pénétraient dans les écoles de la barbarie. Tous ces détails de la gloire et de la félicité de la nation trouveront leur véritable place dans cette histoire[2] ; il ne s’agit ici que des affaires générales et militaires.

Le Portugal donnait en ce temps un spectacle étrange à l’Europe. Don Alfonse, fils indigne de l’heureux don Jean de Bragance, y régnait : il était furieux et imbécile. Sa femme, fille du duc de Nemours, amoureuse de don Pèdre, frère d’AIfonse, osa concevoir le projet de détrôner son mari, et d’épouser son amant. L’abrutissement du mari justifia l’audace de la reine. Il était d’une force de corps au-dessus de l’ordinaire ; il avait eu publiquement d’une courtisane un enfant qu’il avait reconnu ; enfin il avait

  1. Chapitres xxxii et xxxiii.
  2. En quatre années, 70 bâtiments ; en six, 194, dont 120 vaisseaux. (G. A.)