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l’en pût exclure. » Ce prince était alors Balthasar, qui mourut en 1649[1].

Le cardinal se trompait évidemment en pensant qu’on pourrait donner les Pays-Bas et la Franche-Comté en mariage à l’infante. On ne stipula pas une seule ville pour sa dot. Au contraire, on rendit à la monarchie espagnole des villes considérables qu’on avait conquises, comme Saint-Omer, Ypres, Menin, Oudenarde, et d’autres places. On en garda quelques-unes. Le cardinal ne se trompa point en croyant que la renonciation serait un jour inutile ; mais ceux qui lui font l’honneur de cette prédiction lui font donc prévoir que le prince don Balthasar mourrait en 1649 ; qu’ensuite les trois enfants du second mariage seraient enlevés au berceau ; que Charles, le cinquième de tous ces enfants mâles, mourrait sans postérité ; et que ce roi autrichien ferait un jour un testament en faveur d’un petit-fils de Louis XIV. Mais enfin le cardinal Mazarin prévit ce que vaudraient des renonciations, en cas que la postérité mâle de Philippe IV s’éteignît ; et des événements étrangers l’ont justifié après plus de cinquante années[2].

Marie-Thérèse, pouvant avoir pour dot les villes que la France rendait, n’apporta, par son contrat de mariage, que cinq cent mille écus d’or au soleil ; il en coûta davantage au roi pour l’aller recevoir sur la frontière. Ces cinq cent mille écus, valant alors deux millions cinq cent mille livres, furent pourtant le sujet de beaucoup de contestations entre les deux ministres. Enfin la France n’en reçut jamais que cent mille francs.

Loin que ce mariage apportât aucun autre avantage, présent et réel, que celui de la paix, l’infante renonça à tous les droits qu’elle pourrait jamais avoir sur aucune des terres de son père ; et Louis XIV ratifia cette renonciation de la manière la plus solennelle, et la fit ensuite enregistrer au parlement.

Ces renonciations et ces cinq cent mille écus de dot semblaient être les clauses ordinaires des mariages des infantes d’Espagne avec les rois de France. La reine Anne d’Autriche, fille de Philippe III, avait été mariée à Louis XIII à ces mêmes conditions ; et quand on avait donné Isabelle, fille de Henri le Grand, à Phi-

  1. Balthasar-Charles, fils de Philippe IV et d’Isabelle, fille de Henri IV, né le 17 octobre 1629, est mort le 9 octobre 1646.
  2. La renonciation d’Anne d’Autriche avait été présentée aux états de Castille et d’Aragon, et acceptée par eux. Celle de Marie-Thérèse ne leur fut pas présentée ; et c’est une des principales raisons sur lesquelles les casuistes et les jurisconsultes auxquels Charles II s’adressa se fondèrent pour décider que les descendants de Marie-Thérèse étaient les héritiers légitimes de la couronne d’Espagne. (K.)