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à prix comme celle d’un voleur public, briguèrent presque tous l’honneur de venir lui demander sa protection ; et ce même parlement, peu de temps après, condamna par contumace le prince de Condé à perdre la vie (27 mars 1653) : changement ordinaire dans de pareils temps, et d’autant plus humiliant que l’on condamnait par des arrêts celui dont on avait si longtemps partagé les fautes.

On vit le cardinal, qui pressait cette condamnation de Condé, marier au prince de Conti, son frère, l’une de ses nièces (22 février 1654) : preuve que le pouvoir de ce ministre allait être sans bornes.

Le roi réunit les parlements de Paris et de Pontoise : il défendit les assemblées des chambres. Le parlement voulut remontrer ; on mit en prison un conseiller, on en exila quelques autres ; le parlement se tut : tout était déjà changé.


CHAPITRE VI.

ÉTAT DE LA FRANCE JUSQU’À LA MORT DU CARDINAL MAZARIN EN 1661.


Pendant que l’État avait été ainsi déchiré au dedans, il avait été attaqué et affaibli au dehors. Tout le fruit des batailles de Rocroi, de Lens, et de Nordlingen, fut perdu. (1651) La place importante de Dunkerque fut reprise par les Espagnols ; ils chassèrent les Français de Barcelone ; ils reprirent Casal en Italie[1].

Cependant, malgré les tumultes d’une guerre civile et le poids d’une guerre étrangère, le cardinal Mazarin avait été assez habile et assez heureux pour conclure cette célèbre paix de Vestphalie par laquelle l’empereur et l’empire vendirent au roi et à la couronne de France la souveraineté de l’Alsace pour trois millions de livres payables à l’archiduc, c’est-à-dire pour environ six millions d’aujourd’hui. (1648) Par ce traité, devenu pour l’avenir la base de tous les traités, un nouvel électorat fut créé pour la maison de Bavière[2]. Les droits de tous les princes et des villes

  1. Dunkerque fut perdue en septembre 1652 ; Barcelone et Casal, en octobre.
  2. Voyez page 160.