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On voit dans les Mémoires de Mademoiselle une lettre de Gaston, duc d’Orléans, son père, dont l’adresse est : À mesdames les comtesses, maréchales de camp dans l’armée de ma fille contre le Mazarin.

La guerre finit et recommença à plusieurs reprises ; il n’y eut personne qui ne changeât souvent de parti. Le prince de Condé, ayant ramené dans Paris la cour triomphante, se livra au plaisir de la mépriser après l’avoir défendue ; et ne trouvant pas qu’on lui donnât des récompenses proportionnées à sa gloire et à ses services, il fut le premier à tourner Mazarin en ridicule, à braver la reine, et à insulter le gouvernement qu’il dédaignait. Il écrivit, à ce qu’on prétend, au cardinal : All’illustrissimo signor Faquino. Il lui dit un jour : Adieu, Mars. Il encouragea un marquis de Jarsai à faire une déclaration d’amour à la reine, et trouva mauvais qu’elle osât s’en offenser. Il se ligua avec le prince de Conti, son frère, et le duc de Longueville, qui abandonnèrent le parti de la Fronde. On avait appelé la cabale du duc de Beaufort, au commencement de la régence, celle des importants ; on appelait celle de Condé le parti des petits-maîtres, parce qu’ils voulaient être les maîtres de l’État. Il n’est resté de tous ces troubles d’autres traces que ce nom de petit-maître, qu’on applique aujourd’hui à la jeunesse avantageuse et mal élevée, et le nom de frondeurs qu’on donne aux censeurs du gouvernement.

On employa de tous côtés des moyens aussi bas qu’odieux. Joly, conseiller au Châtelet, depuis secrétaire du cardinal de Retz, imagina de se faire une incision au bras et de se faire tirer un coup de pistolet dans son carrosse pour faire accroire que la cour avait voulu l’assassiner.

Quelques jours après, pour diviser le parti du prince de Condé et les Frondeurs, et pour les rendre irréconciliables on tire des coups de fusil dans les carrosses du grand Condé, et on tue un de ses valets de pied, ce qui s’appelait une joliade renforcée. Qui fit cette étrange entreprise ? Est-ce le parti du cardinal Mazarin ? Il en fut très-soupçonné. On en accusa le cardinal de Retz, le duc

    les écrivit au-dessous d’un portrait de Mme de Longueville ; s’étant aperçu qu’elle le trompait, il en parodia les deux derniers hémistiches :

    Pour mériter son cœur, qu’enfin je connais mieux,
    J’ai fait la guerre aux rois ; j’en ai perdu les yeux. (K.)
    — Voltaire, dans son Supplément au Siècle de Louis XIV, première partie, dit lui-même que les vers qu’il a mis dans la bouche de La Rochefoucauld sont tirés de l’Alcyonée de du Ryer.