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d’hommes sont sacrifiés et des provinces ravagées pour obtenir enfin quelques petites villes frontières dont la possession vaut rarement ce qu’a coûté la conquête.

Les généraux de Louis XIII avaient pris le Roussillon ; les Catalans venaient de se donner à la France, protectrice de la liberté qu’ils défendaient contre leurs rois ; mais ces succès n’avaient pas empêché que les ennemis n’eussent pris Corbie en 1636, et ne fussent venus jusqu’à Pontoise. La peur avait chassé de Paris la moitié de ses habitants ; et le cardinal de Richelieu, au milieu de ses vastes projets d’abaisser la puissance autrichienne, avait été réduit à taxer les portes cochères de Paris à fournir chacune un laquais pour aller à la guerre, et pour repousser les ennemis des portes de la capitale.

Les Français avaient donc fait beaucoup de mal aux Espagnols et aux Allemands, et n’en avaient pas moins essuyé.

FORCES DE LA FRANCE APRÈS LA MORT DE LOUIS XIII,
ET MŒURS DU TEMPS.

Les guerres avaient produit des généraux illustres, tels qu’un Gustave-Adolphe, un Valstein, un duc de Veimar, Piccolomini, Jean de Vert, le maréchal de Guébriant, les princes d’Orange, le comte d’Harcourt. Des ministres d’État ne s’étaient pas moins signalés. Le chancelier Oxenstiern, le comte duc d’Olivarès, mais surtout le cardinal de Richelieu, avaient attiré sur eux l’attention de l’Europe. Il n’y a aucun siècle qui n’ait eu des hommes d’État et de guerre célèbres ; la politique et les armes semblent malheureusement être les deux professions les plus naturelles à l’homme : il faut toujours ou négocier ou se battre. Le plus heureux passe pour le plus grand, et le public attribue souvent au mérite tous les succès de la fortune.

La guerre ne se faisait pas comme nous l’avons vu faire du temps de Louis XIV ; les armées n’étaient pas si nombreuses : aucun général, depuis le siège de Metz par Charles-Quint, ne s’était vu à la tête de cinquante mille hommes ; on assiégeait et on défendait les places avec moins de canons qu’aujourd’hui. L’art des fortifications était encore dans son enfance. Les piques et les arquebuses étaient en usage : on se servait beaucoup de l’épée, devenue inutile aujourd’hui. Il restait encore des anciennes lois des nations celle de déclarer la guerre par un héraut.