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La circoncision vient-elle des Égyptiens, des Arabes, ou des Éthiopiens ? Je n’en sais rien. Que ceux qui le savent le disent. Tout ce que je sais, c’est que les prêtres de l’antiquité s’imprimaient sur le corps des marques de leur consécration ; comme depuis on marqua d’un fer ardent la main des soldats romains. Là, des sacrificateurs se tailladaient le corps, comme firent depuis les prêtres de Bellone ; ici, ils se faisaient eunuques, comme les prêtres de Cybèle.

Ce n’est point du tout par un principe de santé que les Éthiopiens, les Arabes, les Égyptiens, se circoncirent. On a dit qu’ils avaient le prépuce trop long ; mais, si l’on peut juger d’une nation par un individu, j’ai vu un jeune Éthiopien qui, né hors de sa patrie, n’avait point été circoncis : je puis assurer que son prépuce était précisément comme les nôtres.

Je ne sais pas quelle nation s’avisa la première de porter en procession le kteis et le phallum, c’est-à-dire la représentation des signes distinctifs des animaux mâles et femelles ; cérémonie aujourd’hui indécente, autrefois sacrée : les Égyptiens eurent cette coutume. On offrait aux dieux des prémices ; on leur immolait ce qu’on avait de plus précieux : il paraît naturel et juste que les prêtres offrissent une légère partie de l’organe de la génération à ceux par qui tout s’engendrait. Les Éthiopiens, les Arabes, circoncirent aussi leurs filles, en coupant une très-légère partie des nymphes ; ce qui prouve bien que la santé ni la netteté ne pouvaient être la raison de cette cérémonie, car assurément une fille incirconcise peut être aussi propre qu’une circoncise.

Quand les prêtres d’Égypte eurent consacré cette opération, leurs initiés la subirent aussi ; mais, avec le temps, on abandonna aux seuls prêtres cette marque distinctive. On ne voit pas qu’aucun Ptolémée se soit fait circoncire ; et jamais les auteurs romains ne flétrirent le peuple égyptien du nom d’Apella[1], qu’ils donnaient aux Juifs. Ces Juifs avaient pris la circoncision des Égyptiens, avec une partie de leurs cérémonies. Ils l’ont toujours conservée, ainsi que les Arabes et les Éthiopiens. Les Turcs s’y sont soumis, quoiqu’elle ne soit pas ordonnée dans l’Alcoran. Ce n’est qu’un

    de l’histoire, dans les Mélanges, année 1768). Ce passage, habilement employé par Bayle dans son Dictionnaire, note H de l’article Averroès, est dans le traité de Natura deorum, III, 16 : Cum fruges Cererem, vinum Liberum dicimus, genere nos quidem sermonis utimur usitato : ecquem tam amentem esse putas, qui illud quo vescatur deum credat esse ?

    Cicéron est mort quarante-trois ans avant l’ère vulgaire.

  1. Credat Judœus Apella. Horat, lib. I, sat. v, v. 100.