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nécessaires étant perfectionnés, les arts d’ostentation commencèrent à être en honneur. Alors il se trouva des souverains qui employèrent leurs sujets et quelques Arabes voisins du lac Sirbon à bâtir leurs palais et leurs tombeaux en pyramides, à tailler des pierres énormes dans les carrières de la haute Égypte, à les embarquer sur des radeaux jusqu’à Memphis, à élever sur des colonnes massives de grandes pierres plates, sans goût et sans proportions. Ils connurent le grand, et jamais le beau. Ils enseignèrent les premiers Grecs ; mais ensuite les Grecs furent leurs maîtres en tout quand ils eurent bâti Alexandrie.

Il est triste que, dans la guerre de César, la moitié de la fameuse bibliothèque des Ptolémées ait été brûlée, et que l’autre moitié ait chauffé les bains des musulmans, quand Omar subjugua l’Égypte : on eût connu du moins l’origine des superstitions dont ce peuple fut infecté, le chaos de leur philosophie, quelques-unes de leurs antiquités et de leurs sciences.

Il faut absolument qu’ils aient été en paix pendant plusieurs siècles pour que leurs princes aient eu le temps et le loisir d’élever tous ces bâtiments prodigieux dont la plupart subsistent encore.

Leurs pyramides coûtèrent bien des années et bien des dépenses ; il fallut qu’une grande partie de la nation et nombre d’esclaves étrangers fussent longtemps employés à ces ouvrages immenses. Ils furent élevés par le despotisme, la vanité, la servitude, et la superstition. En effet il n’y avait qu’un roi despote qui pût forcer ainsi la nature. L’Angleterre, par exemple, est aujourd’hui plus puissante que ne l’était l’Égypte : un roi d’Angleterre pourrait-il employer sa nation à élever de tels monuments ?

La vanité y avait part sans doute ; c’était, chez les anciens rois d’Égypte, à qui élèverait la plus belle pyramide à son père ou à lui-même ; la servitude procura la main-d’œuvre. Et quant à la superstition, on sait que ces pyramides étaient des tombeaux ; on sait que les chochamatim ou choen d’Égypte, c’est-à-dire les prêtres, avaient persuadé la nation que l’âme rentrerait dans son corps au bout de mille années. On voulait que le corps fût mille ans entiers à l’abri de toute corruption : c’est pourquoi on l’embaumait avec un soin si scrupuleux ; et, pour le dérober aux accidents, on l’enfermait dans une masse de pierre sans issue. Les rois, les grands, donnaient à leurs tombeaux la forme qui offrait le moins de prise aux injures du temps. Leurs corps se sont conservés au delà des espérances humaines. Nous avons aujourd’hui des momies égyptiennes de plus de quatre mille années. Des cadavres ont duré autant que des pyramides.