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être justes. Ils crurent qu’une police exacte, toujours exercée, ferait plus d’effet que des opinions qui peuvent être combattues ; et qu’on craindrait plus la loi toujours présente qu’une loi à venir. Nous parlerons en son temps d’un autre peuple, infiniment moins considérable, qui eut à peu près la même idée, ou plutôt qui n’eut aucune idée, mais qui fut conduit par des voies inconnues aux autres hommes.

Résumons ici seulement que l’empire chinois subsistait avec splendeur quand les Chaldéens commençaient le cours de ces dix-neuf cents années d’observations astronomiques, envoyées en Grèce par Callisthène. Les Brames régnaient alors dans une partie de l’Inde ; les Perses avaient leurs lois ; les Arabes, au midi ; les Scythes, au septentrion, habitaient sous des tentes ; l’Égypte, dont nous allons parler, était un puissant royaume.

xix. — De l’Égypte.

Il me paraît sensible que les Égyptiens, tout antiques qu’ils sont, ne purent être rassemblés en corps, civilisés, policés, industrieux, puissants, que très-longtemps après tous les peuples que je viens de passer en revue. La raison en est évidente. L’Égypte, jusqu’au Delta, est resserrée par deux chaînes de rochers, entre lesquels le Nil se précipite, en descendant l’Éthiopie, du midi au septentrion. Il n’y a, des cataractes du Nil à ses embouchures, en ligne droite, que cent soixante lieues de trois mille pas géométriques ; et la largeur n’est que de dix à quinze et vingt lieues jusqu’au Delta, partie basse de l’Égypte, qui embrasse une étendue de cinquante lieues, d’orient en occident. À la droite du Nil sont les déserts de la Thébaïde ; et à la gauche, les sables inhabitables de la Libye, jusqu’au petit pays où fut bâti le temple d’Ammon.

Les inondations du Nil durent, pendant des siècles, écarter tous les colons d’une terre submergée quatre mois de l’année ; ces eaux croupissantes, s’accumulant continuellement, durent longtemps faire un marais de toute l’Égypte. Il n’en est pas ainsi des bords de l’Euphrate, du Tigre, de l’Inde, du Gange, et d’autres rivières qui se débordent aussi presque chaque année, en été, à la fonte des neiges. Leurs débordements ne sont pas si grands, et les vastes plaines qui les environnent donnent aux cultivateurs toute la liberté de profiter de la fertilité de la terre.

Observons surtout que la peste, ce fléau attaché au genre ani-