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nités subalternes avant qu’on lui ait coupé le nombril ; mais aussi on lui dit : Vivez pour commander aux hommes ; et, dès qu’il peut parler, on lui fait sentir la dignité de son être. En effet, les Brachmanes furent longtemps souverains dans l’Inde ; et la théocratie fut établie dans cette vaste contrée plus qu’en aucun pays du monde.

Bientôt on expose l’enfant à la lune ; on prie l’Être suprême d’effacer les péchés que l’enfant peut avoir commis, quoiqu’il ne soit né que depuis huit jours ; on adresse des antiennes au feu ; on donne à l’enfant, avec cent cérémonies, le nom de Chormo, qui est le titre d’honneur des brames.

Dès que cet enfant peut marcher, il passe sa vie à se baigner et à réciter des prières ; il fait le sacrifice des morts ; et ce sacrifice est institué pour que Brama donne à l’âme des ancêtres de l’enfant une demeure agréable dans d’autres corps.

On fait des prières aux cinq vents qui peuvent sortir par les cinq ouvertures du corps humain. Cela n’est pas plus étrange que les prières récitées au dieu Pet par les bonnes vieilles de Rome.

Nulle fonction de la nature, nulle action chez les brames, sans prières. La première fois qu’on rase la tête de l’enfant, le père dit au rasoir dévotement: « Rasoir, rase mon fils comme tu as rasé le soleil et le dieu Indro. » Il se pourrait, après tout, que le dieu Indro eût été autrefois rasé ; mais pour le soleil, cela n’est pas aisé à comprendre, à moins que les brames n’aient eu notre Apollon, que nous représentons encore sans barbe.

Le récit de toutes ces cérémonies serait aussi ennuyeux qu’elles nous paraissent ridicules ; et, dans leur aveuglement, ils en disent autant des nôtres : mais il y a chez eux un mystère qui ne doit pas être passé sous silence, c’est le Matricha Machom. On se donne, par ce mystère, un nouvel être, une nouvelle vie.

L’âme est supposée être dans la poitrine ; et c’est en effet le sentiment de presque toute l’antiquité. On passe la main, de la poitrine à la tête, en appuyant sur le nerf qu’on croit aller d’un de ces organes à l’autre, et l’on conduit ainsi son âme à son cerveau. Quand on est sûr que son âme est bien montée, alors le jeune homme s’écrie que son âme et son corps sont réunis à l’Être suprême, et dit : Je suis moi-même une partie de la Divinité.

Cette opinion a été celle des plus respectables philosophes de la Grèce, de ces stoïciens qui ont élevé la nature humaine au- dessus d’elle-même, celle des divins Antonins ; et il faut avouer que rien n’était plus capable d’inspirer de grandes vertus. Se