Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome11.djvu/572

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Les pères du concile ne s’étaient pas d’abord assemblés pour détrôner un pontife ; mais leur principal objet avait paru être de réformer toute l’Église : c’était surtout le but du fameux Gerson, et des autres députés de l’université de Paris.

On avait crié pendant deux ans dans le concile contre les annales, les exemptions, les réserves, les impôts des papes sur le clergé au profit de la cour de Rome, contre tous les vices dont l’Église était inondée. Quelle fut la réforme tant attendue ? Le pape Martin déclara : 1° qu’il ne fallait pas donner d’exemptions sans connaissance de cause ; 2° qu’on examinerait les bénéfices réunis ; 3° qu’on devait disposer selon le droit public des revenus des églises vacantes ; 4° il défendit inutilement la simonie ; 5° il voulut que ceux qui auraient des bénéfices fussent tonsurés ; 6° il défendit qu’on dît la messe en habit séculier. Ce sont là les lois qui furent promulguées par l’assemblée la plus solennelle du monde. Le concile déclara qu’il était au-dessus du pape : cette vérité était bien claire, puisqu’il lui faisait son procès ; mais un concile passe, la papauté reste, et l’autorité lui demeure.

Gerson eut même beaucoup de peine à obtenir la condamnation de ces propositions : qu’il y a des cas où l’assassinat est une action vertueuse, beaucoup plus méritoire dans un chevalier que dans un écuyer, et beaucoup plus dans un prince que dans un chevalier. Cette doctrine de l’assassinat avait été soutenue par un nommé Jean Petit, docteur de l’université de Paris, à l’occasion du meurtre du duc d’Orléans, propre frère du roi. Le concile éluda longtemps la requête de Gerson. Enfin il fallut condamner cette doctrine du meurtre ; mais ce fut sans nommer le cordelier Jean Petit, ni Jean de Rocha, aussi cordelier, son apologiste[1].

Voilà l’idée que j’ai cru devoir vous donner de tous les objets politiques qui occupèrent le concile de Constance. Les bûchers que le zèle de la religion alluma sont d’une autre espèce.

__________
  1. Jean Hus, moins coupable, fut brûlé vif ; mais Jean Hus avait attaqué les prétentions des prêtres, et les deux cordeliers n’avaient attaqué que les droits des hommes. (K.)